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Le chevalier Galipette n’avait pas d’épée, pas de bouclier, et son armure était souvent pleine de boue. Car la plus grande passion de Galipette, c’était de sauter à pieds joints dans les flaques d’eau. Et pour cela, son château flottant dans le ciel était le meilleur endroit du monde !

Chaque matin, son amie Célestine, une immense baleine faite de nuages et de douceur, passait devant ses fenêtres. Elle chantait une mélodie si belle et si profonde qu’elle faisait tomber une pluie fine sur le monde d’en bas. Et qui dit pluie, dit… flaques !

Ce jour-là, une flaque particulièrement grande et tentante s’était formée sur le parvis du château. « Youpi ! » cria Galipette. Il prit son élan et… SPLATCH ! L’éclaboussure fut si gigantesque qu’elle monta jusqu’à l’œil de Célestine, qui passait juste à ce moment-là.

La baleine-nuage sursauta, cligna de son œil géant, et soudain… plus rien. Le silence. Son chant merveilleux s’était arrêté net. Le ciel devint immobile, et pas une seule goutte de pluie ne tomba.

Galipette attendit. Une minute. Dix minutes. Pas de chant. Pas de pluie. Pas de futures flaques. « Oh non, pensa-t-il. Qu’est-ce que j’ai fait ? »

Il flotta jusqu’à Célestine.
« Célestine ? Ça ne va pas ? »
La baleine ouvrit simplement sa bouche immense, sans émettre un son. C’était une invitation. Courageusement, Galipette s’engouffra à l’intérieur.

Le ventre de Célestine n’était pas du tout ce que vous imaginez. C’était une caverne rose et rebondissante, comme un trampoline géant en barbe à papa. Des bulles de souvenirs flottaient partout, mais elles étaient toutes silencieuses. D’habitude, elles chantaient en chœur avec la baleine.

« Il faut que je trouve son chant ! » se dit Galipette.
Il chercha partout, derrière des stalactites de vapeur et sous des tapis de brume. Rien. Le silence était si épais qu’on aurait pu le couper en tranches. Dépité, il s’assit et sortit de sa poche son objet le plus précieux : une paire de lunettes aux verres tout roses.

À peine les eut-il posées sur son nez que la magie opéra. La stalactite de vapeur à côté de lui se mit à se tortiller comme un ver de terre. Une petite bulle de souvenir se mit à valser. Mais quelque chose clochait. Au centre de la caverne, là où devait se trouver le cœur battant de la mélodie, il y avait une petite boule de lumière recroquevillée sur elle-même. Elle tremblait tristement, mais refusait de danser.

Galipette comprit. Ses lunettes pouvaient faire danser les objets, mais elles ne pouvaient pas guérir un cœur triste. Il avait éclaboussé Célestine sans faire attention, et il l’avait vexée. Le chant ne reviendrait pas avec de la magie, mais avec des mots.

Il enleva ses lunettes, prit une grande inspiration et cria de toutes ses forces, sa petite voix résonnant dans le ventre immense et silencieux :
« PARDON, CÉLESTINE ! Je ne voulais pas te faire de peine ! J’adore tellement les flaques que j’en ai oublié d’être prudent. C’était une bêtise. Pardonne-moi ! »

Un long silence suivit son cri. Puis, la petite boule de lumière au centre de la caverne se mit à palpiter doucement. Une note de musique, timide, s’en échappa. Puis une autre. Et encore une autre ! La boule se mit à tournoyer, à danser pour de vrai cette fois, et le chant magnifique de Célestine emplit à nouveau son ventre, faisant vibrer Galipette de la tête aux pieds.

Dehors, le monde entendit la mélodie reprendre. Célestine était si heureuse d’avoir entendu le pardon de son ami qu’elle ne put s’empêcher de faire un gigantesque…
« Atchouuuuum-plouf ! »

Galipette fut éjecté en douceur par son évent, et il atterrit avec un rire joyeux dans la plus belle, la plus grande, la plus merveilleuse flaque qu’il n’ait jamais vue. La pluie recommençait à tomber, et le chevalier sans épée dansa sous les gouttes, heureux d’avoir retrouvé son amie et compris que le mot « pardon » était encore plus magique que ses lunettes roses.