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Au cœur d’un potager si grand que les brins de ciboulette ressemblaient à des gratte-ciels, se trouvait une forêt bien étrange. Les arbres n’étaient autres que des pieds de basilic géants et des plants de tomates grimpants, et leurs feuilles chuchotaient des histoires à qui voulait bien les entendre.
C’est là que vivait Glou, une petite étoile de mer orange vif. Glou n’était pas comme les autres. D’abord, il vivait loin de la mer. Ensuite, et surtout, il traînait partout avec lui une petite valise marron. Une valise désespérément vide.
Clonk. Sclac. Clonk.
C’était le bruit de la valise de Glou qui rebondissait sur les racines de radis et les cailloux-petits-pois.
« Mais enfin, Glou, que transportes-tu de si précieux là-dedans ? » lui demanda un jour un ver de terre pressé.
« Oh, euh… des choses très importantes, » répondit Glou, en rougissant un peu.
En vérité, il n’en savait rien. Il avait toujours eu cette valise, et elle avait toujours été vide. C’était son secret et sa petite honte.
Ce matin-là, tout le petit peuple du potager était rassemblé au pied du Grand Saule-Menthe. C’était l’arbre le plus ancien, et ses histoires étaient les plus belles. Pour parler, il avait besoin de son « Gong de Rosée », une unique et parfaite goutte d’eau, suspendue à une de ses branches, qui scintillait de mille feux. Quand le vent la faisait tinter, la voix de l’arbre s’élevait, douce et parfumée.
Glou, tout excité, se faufila au premier rang. Dans sa hâte, il ne fit pas attention à sa valise. Il se retourna brusquement pour saluer un ami et…
SCLAC !
La valise heurta le fil d’araignée qui tenait le Gong de Rosée.
PLOC !
La magnifique goutte tomba au sol et s’évapora dans un minuscule nuage de vapeur.
Un silence total s’abattit sur la clairière. Le Grand Saule-Menthe ne pouvait plus parler.
Le cœur de Glou se transforma en glaçon. C’était sa faute ! Paniqué, il attrapa sa valise et s’enfuit se cacher derrière une montagne de carottes. « Personne ne doit savoir, personne ne doit savoir ! » se répétait-il.
Il eut alors une idée : remplacer le Gong. Il trouva une goutte de pluie ordinaire sur une feuille de salade et, au milieu de la nuit, l’accrocha à la place de l’ancienne. Le lendemain, quand le vent souffla, le son fut décevant.
Bloup.
Au lieu d’une histoire, le Grand Saule-Menthe émit un gargouillis triste.
La situation était pire qu’avant ! Coquillette, la coccinelle gendarme, commença son enquête.
« Hum, hum ! Ça sent le silence suspect et la goutte de contrefaçon par ici ! » déclara-t-elle en fronçant ses antennes.
Glou se sentait de plus en plus mal. Son mensonge était comme une grosse courgette qui gonflait dans son ventre. Il ne pouvait plus le garder. Les larmes aux yeux, il alla trouver Philémon, la vieille chenille sage qui méditait sur un champignon.
« Philémon… c’est moi, » sanglota-t-il. « J’ai cassé le Gong. Et j’ai essayé de le cacher. Je suis une étoile de mer nulle avec une valise vide et stupide ! »
Philémon la chenille mâchouilla une feuille pensivement.
« L’erreur est une graine, Glou. Ce qui compte, c’est ce que tu en fais pousser. Le courage, ce n’est pas de ne jamais faire de bêtise, c’est de la réparer. »
Soudain, Glou eut une lueur dans le regard. Il se souvint de Paprika, la phalène, une créature un peu vaniteuse qui portait toujours une paire de lunettes aux verres roses. Elle disait que ça la rendait plus belle. Mais ces lunettes avaient un vrai pouvoir : dès qu’elle les chaussait, un arc-en-ciel miniature apparaissait juste au-dessus de sa tête.
Glou courut la trouver.
« Paprika ! J’ai besoin de toi ! Et de tes lunettes !
– Pour quoi faire ? Voir la vie en rose ? C’est ma spécialité ! » répondit-elle en battant des ailes.
« Non, pour créer un arc-en-ciel ! On a besoin de la plus pure des eaux pour faire un nouveau Gong : de l’eau d’arc-en-ciel ! »
Intriguée, Paprika accepta. Elle mit ses lunettes et, POP !, un magnifique pont de sept couleurs se déploya dans le ciel du potager.
« C’est merveilleux ! » s’exclama Coquillette, qui les avait suivis. « Mais comment attraper cette eau ? Elle est magique et flotte dans les airs ! »
C’est là que Glou regarda sa valise marron. Vide. Légère. Parfaite.
« Avec ça ! » dit-il fièrement.
Sans hésiter, Glou prit son élan. Il courut, sa valise ouverte à la main, et sauta sur la première bande de l’arc-en-ciel. C’était glissant et pétillant ! Avec un courage qu’il ne se connaissait pas, il glissa le long du ruban rouge, puis sauta sur l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet, remplissant sa valise du liquide scintillant des sept couleurs.
Il atterrit en douceur au pied du Grand Saule-Menthe, sa valise enfin pleine d’un trésor incroyable. Ensemble, ils versèrent le contenu dans une nouvelle coupelle faite d’une feuille de menthe. L’eau colorée se rassembla pour former un nouveau Gong, encore plus brillant et chatoyant que l’ancien.
Glou l’accrocha lui-même à la branche de l’arbre. Un léger souffle de vent passa, et le Gong tinta.
Le son n’était pas un simple tintement. C’était une mélodie.
Et la voix du Grand Saule-Menthe s’éleva, plus claire et plus joyeuse que jamais. Il ne raconta pas une histoire, mais il se mit à chanter une chanson sur une petite étoile de mer courageuse qui avait appris que même une valise vide peut contenir tous les trésors du monde, si on a le courage de la remplir.
Ce jour-là, Glou comprit. Sa valise n’était pas faite pour contenir des choses, mais pour en accomplir. Et lui, Glou, était exactement l’étoile de mer qu’il devait être : unique, un peu maladroite, mais avec un cœur assez grand pour réparer ses bêtises. Et il ne traîna plus jamais sa valise avec honte, mais avec la fierté de celui qui sait qu’elle est toujours prête pour la prochaine aventure.

