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Glou le dragon avait un problème. Un très gros problème. Son estomac gargouillait comme un volcan sur le point d’entrer en éruption. C’était la veille de Noël, et son garde-manger, d’habitude rempli de friandises fumantes et de rochers caramélisés, était presque vide. Il manquait le plat principal : le légendaire Sapin-Saucisse de la forêt enchantée, dont les branches étaient faites de saucisses grillées et les épines de bretzels salés.
« C’est une catastrophe ! » gronda Glou, en donnant un coup de patte dans un caillou qui vola contre le mur de sa grotte. Une petite flamme de colère jaillit de ses naseaux. « Un Noël sans Sapin-Saucisse, ce n’est pas un vrai Noël ! Mon ventre proteste ! »
Boudeur, il décida de partir à la recherche de ce festin lui-même. Il enfila son bonnet de laine rouge, attrapa un grand sac, et sortit de sa grotte confortable en claquant la porte de pierre derrière lui. La neige crissait sous ses pattes, mais Glou ne voyait pas la beauté du paysage. Il était bien trop occupé à être en colère.
Il s’enfonça dans la forêt, bien plus loin que d’habitude, jusqu’à un endroit qu’il ne connaissait pas : la Clairière des Grelots-Frissonnants. Ici, les flocons de neige chantaient en tombant et les arbres avaient des feuilles en papier cadeau coloré. Au milieu de la clairière se tenait un bonhomme de neige avec un nez en carotte tordu et des boutons en charbon qui lui donnaient un air très sage.
« Bonjour, jeune dragon en colère, » dit le bonhomme de neige d’une voix douce comme la neige fraîche. « Tu sembles chercher quelque chose que tu ne trouves pas. »
« Je cherche mon dîner ! » répliqua Glou, impatient. « Un Sapin-Saucisse ! Vous en avez vu un ? »
« Hmm, peut-être, » songea le bonhomme de neige. « Mais pour voir les choses les plus rares, il faut parfois regarder différemment. Tiens, prends ceci. C’est un cadeau de Noël en avance. »
Il tendit à Glou une paire de lunettes. Mais pas n’importe quelles lunettes ! Elles étaient immenses, avec une monture dorée et des verres si larges qu’ils auraient pu servir d’assiettes.
« Elles sont ridicules ! » bougonna Glou. « Elles sont beaucoup trop grandes ! »
« C’est justement leur pouvoir, » répondit le bonhomme de neige avec un clin d’œil en charbon.
Glou, trop pressé pour discuter, fourra les lunettes dans son sac et continua son chemin, toujours aussi grognon. Il arriva enfin devant un pont de glace gardé par une créature énorme et poilue : un Grincheux des Montagnes. Le Grincheux bloquait le passage, les bras croisés sur son torse velu.
« PERSONNE NE PASSE ! » hurla le Grincheux. « TOUTES LES FRIANDISES DE NOËL SONT À MOI ! »
Derrière lui, Glou aperçut le sommet d’un magnifique Sapin-Saucisse, qui sentait délicieusement bon le grillé. La colère de Glou explosa.
« POUSSE-TOI DE LÀ, GROS TAS DE POILS ! CE SAPIN EST À MOI ! » rugit-il en retour, une grande flamme jaillissant de sa bouche.
Mais la flamme rebondit sur le ventre du Grincheux sans même lui roussir un poil. Le Grincheux rit d’un rire tonitruant qui fit trembler la glace. Glou essaya de le pousser, de le griffer, mais rien n’y faisait. Sa colère ne servait à rien, et son estomac gargouillait de plus en plus fort.
Désespéré, il fouilla dans son sac pour trouver quelque chose à jeter et ses doigts tombèrent sur les lunettes. « Ridicule pour ridicule… » se dit-il. Il les chaussa.
Elles étaient si grandes qu’elles glissèrent sur son museau et couvrirent presque tout son visage.
Et soudain, tout changea.
À travers les verres magiques, le Grincheux des Montagnes n’était plus un monstre terrifiant. Glou le voyait tout petit, recroquevillé sur lui-même, l’air incroyablement triste. Il ne gardait pas un trésor par méchanceté, mais parce qu’il se sentait seul. Les lunettes ne montraient pas ce que les yeux voyaient, mais ce que le cœur ressentait.
Glou enleva les lunettes, le cœur serré. Le Grincheux était redevenu immense, mais Glou ne le voyait plus de la même façon. Il comprit que crier et se battre ne résoudrait rien.
Il s’approcha doucement. « Dis-moi, » commença-t-il d’une voix calme. « Tu n’as personne avec qui fêter Noël ? »
Le Grincheux, surpris, arrêta de crier. Ses grands yeux se remplirent de larmes.
« Non, » sanglota-t-il. « Chaque année, tout le monde fait la fête sans moi. Alors je prends toutes les friandises pour me sentir moins seul. »
Le ventre de Glou gargouilla, mais cette fois, ce n’était pas de faim. C’était de la pitié.
« J’avais prévu de manger ce Sapin-Saucisse tout seul, » avoua Glou. « Mais… je crois que ce serait meilleur si on le partageait. Tu veux bien fêter Noël avec moi ? »
Le visage du Grincheux s’illumina comme un millier de guirlandes de Noël. « Vraiment ? »
« Vraiment ! » confirma Glou.
Ensemble, ils déplacèrent le Sapin-Saucisse jusqu’à la grotte de Glou. Le Grincheux, qui s’appelait en fait Barnabé, aida à décorer. Glou, avec une petite flamme bien contrôlée, réchauffa les saucisses et grilla les bretzels à la perfection.
Ce soir-là, Glou le dragon ne mangea pas un Sapin-Saucisse entier. Il n’en mangea que la moitié. Mais en partageant son repas avec son nouvel ami Barnabé, en riant et en racontant des histoires, il sentit son cœur bien plus rempli que son estomac ne l’avait jamais été.
Il garda les lunettes beaucoup trop grandes sur sa cheminée, non pas pour s’en servir, mais pour se souvenir. Ce soir-là, Glou comprit que le meilleur des festins, c’était celui qu’on partageait, et que la plus grande des magies, c’était un cœur apaisé.

