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Au milieu d’un potager qui sentait bon la terre mouillée et la promesse des tartes, trônait Jardinot. Avec son chapeau de paille toujours de travers et ses yeux en boutons de guêtre, il était l’épouvantail le plus joyeux du monde. Si joyeux, en fait, qu’il ne savait pas faire peur. Surtout pas à ses amis, les oiseaux.

« Servez-vous, mes chers gazouilleurs ! » lançait-il en agitant un bras de paille quand les moineaux, pinsons et merles venaient picorer. Ils piochaient avec délice dans la réserve de graines de citrouille, destinées à la grande Fête des Lanternes.
« T’es le meilleur, Jardinot ! » pépiaient-ils en chœur.
Et Jardinot, le cœur gonflé comme une brioche, se disait qu’une amitié si douce valait bien quelques graines.

Mais la veille de la Fête, le drame éclata. Le grand pot en terre cuite était vide. Complètement, totalement, désespérément vide. Pas la moindre petite graine pour sculpter les futures lanternes rigolotes !
« Oh non, non, non ! » sanglota Jardinot, sa paille devenant toute raplapla. « Mes boutons de guêtre vont rouiller de chagrin ! »
Une petite tête rose et ridée sortit de terre. C’était Vermicelle, le ver de terre le plus râleur du canton.
« Bah voilà, à force de faire des mamours à tout le monde ! » grommela-t-il. « Gentil, c’est bien. Trop gentil, c’est une invitation à se faire grignoter son potager ! »
Voyant le désarroi de l’épouvantail, Vermicelle soupira. « Arrête de te dégonfler comme une vieille baudruche. Il n’y a qu’une solution : trouver la légendaire Graine de la Réconciliation. »
Il tendit à Jardinot deux objets bizarres : une carte dessinée sur une feuille de chou fripée et un petit sifflet en bois de noisetier.
« Le Sifflet à Gazouillis Magiques, » expliqua le ver de terre. « Et la carte mène au Bois des Chuchotis. Fais vite, le temps presse ! »

Le cœur battant comme un tambour de paille, Jardinot s’enfonça dans le Bois des Chuchotis. L’air y sentait le champignon secret et le vieux bois endormi. Les arbres ne parlaient pas, mais leurs feuilles frissonnaient en racontant des histoires de vent et de racines. La carte indiquait un grand noyer. Sur une branche, un écureuil à l’air bougon, nommé Grignotin, triait ses noisettes avec une extrême concentration.
« Excusez-moi, Monsieur l’Écureuil… » commença timidement Jardinot.
L’écureuil l’ignora superbement.
Jardinot se souvint du sifflet. Il prit une grande inspiration et souffla dedans. Mais au lieu d’un gazouillis, il en sortit un son absurdement distingué, comme si un roi écureuil demandait poliment une tasse de thé à la noisette.
« Cher mammifère arboricole, auriez-vous l’obligeance de m’indiquer la cachette de la Graine susnommée ? » traduisit le sifflet.
Grignotin s’arrêta net, une noisette à mi-chemin de sa bouche. Il regarda Jardinot, puis éclata d’un rire secouant toute sa branche. Un épouvantail qui parlait le “vieil écureuil” chic, c’était la chose la plus drôle qu’il ait jamais vue ! Amusé, il lui montra une crevasse cachée à la base d’un vieux chêne. À l’intérieur, une seule et unique graine, rayée comme un pyjama.

Jardinot revint au potager, épuisé mais triomphant. Les oiseaux, voyant son chapeau tout dépenaillé et la précieuse graine tenue dans sa main de paille, comprirent. Leur ami avait traversé des épreuves à cause de leur gourmandise. Honteux, ils se posèrent autour de lui.
Ensemble, ils ne plantèrent pas une citrouille. Ils plantèrent la Graine de la Réconciliation. En quelques heures, par une magie que seul un ver de terre sage pouvait connaître, un arbuste merveilleux poussa, couvert de mille baies juteuses et sucrées. Un buffet à volonté, rien que pour eux, loin des futures citrouilles ! La Fête était sauvée.

Quelques jours plus tard, un jeune merle un peu distrait tenta de piquer une nouvelle graine de potiron. Jardinot prit une grande inspiration pour dire « Non ! » avec fermeté, comme il se l’était promis.
Mais au lieu d’un “non”, sa bouche laissa échapper un sonore et vibrant :
« COCORICO ! »
Le merle, stupéfait, fit un bond en arrière et s’envola en piaillant de rire. Jardinot resta figé, les joues en toile de jute rougissantes. Il avait trouvé sa fermeté, et elle avait le son le plus ridicule de tout le potager.