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Kapok l’épouvantail brossa un flocon de neige égaré sur sa manche en paille. « Voilà, c’est mieux, » murmura-t-il. Dans la forêt aux arbres bleus, tout était recouvert d’une neige si blanche et si pure qu’il fallait faire attention où l’on mettait les pieds. Et Kapok, lui, détestait se salir. Il aimait les oiseaux, mais de loin, pour qu’ils ne fassent pas de taches sur son chapeau pointu.
Ce matin-là, pourtant, aucun oiseau ne chantait. Ils étaient tous perchés sur les plus hautes branches, plumes hérissées de peur.
« Qu’y a-t-il, mes amis ? » demanda Kapok en s’approchant avec précaution pour ne pas tacher ses bottes.
Un petit rouge-gorge, nommé Pipo, descendit en voletant.
« C’est le lac, Kapok ! Il y a un monstre dedans ! Il fait un bruit terrifiant ! »
Juste à ce moment, un son grave et puissant résonna dans la forêt : GROOOOAAAAAR-RONNNFFFLLLL !
Tous les oiseaux frissonnèrent. Kapok lui-même sentit sa paille trembler. Un monstre ? Ici ? Dans son royaume si propre et si calme ? Impensable !
« Un monstre ? Allons, Pipo. Les monstres, ça n’existe pas. Et même si ça existait, ils seraient sûrement très salissants. »
« Mais si ! Écoute ! » cria le rouge-gorge.
Le bruit retentit à nouveau, faisant vibrer la glace du lac gelé.
« Très bien, » soupira Kapok en sortant une vieille loupe de détective de sa poche. « Je vais inspecter ça. Un mystère a besoin d’un enquêteur, pas d’un héros tout crotté. »
Cette loupe n’était pas ordinaire. C’était un cadeau d’une sirène des glaces, et elle avait un pouvoir secret : celui qui regardait à travers pouvait respirer sous l’eau.
Arrivé au bord du lac, Kapok fronça ses sourcils cousus. L’eau glacée sous la fine couche de glace lui paraissait terriblement… humide. Et l’humidité, c’est le début de la saleté.
« Je ne peux pas y aller, » dit-il. « Mon pantalon en toile de jute va être ruiné. »
Pipo se posa sur son épaule. « Mais nous avons peur, Kapok. Si tu y vas, nous t’aiderons ! On te fera un trou dans la glace ! »
Aussitôt, des dizaines de becs se mirent à picorer la surface gelée. Tac-tac-tac-tac ! En quelques minutes, un trou parfait apparut.
Kapok regarda ses amis les oiseaux, si petits mais si déterminés. Il ne pouvait pas les laisser tomber. L’entraide, c’était important, même si ça impliquait une petite tache.
« Bon, d’accord, » dit-il en grimaçant. « Mais si je me salis, c’est de votre faute ! »
Il plaqua la loupe magique sur son visage, prit une grande inspiration… et sauta dans l’eau glaciale. SPLASH !
Le froid le saisit, mais aussitôt, il put respirer normalement. Le monde sous la glace était silencieux et magnifique. Des plantes aquatiques couleur saphir ondulaient doucement. Mais où était le monstre ?
Le GROOOOAAAAAR-RONNNFFFLLLL retentit, bien plus fort cette fois. Kapok sursauta et se retourna.
Ce n’était pas un monstre.
C’était… une famille de trois énormes phoques, endormis paisiblement au fond du lac ! Le plus gros, le papa phoque, avait la bouche grande ouverte. Et à chaque fois qu’il respirait, un ronflement monstrueux s’échappait de sa gorge.
Kapok éclata de rire, faisant de petites bulles qui remontèrent à la surface. Le bruit effrayant n’était qu’un super-ronflement !
Il s’approcha doucement et tapota la moustache du papa phoque. L’animal ouvrit un œil.
« Hum ? C’est déjà l’heure du petit-déjeuner ? » demanda-t-il d’une voix pâteuse.
« Pas tout à fait, » répondit Kapok. « Excusez-moi de vous déranger, mais vos ronflements font peur à tous mes amis là-haut. »
Le phoque devint tout rouge de honte. « Oh, mille excuses ! Quand je fais une sieste, je ne m’entends pas ronfler. Nous ferons plus attention. »
Kapok remonta à la surface, dégoulinant d’eau mais le cœur léger.
« Alors ? » demandèrent tous les oiseaux en chœur.
« Le monstre, » annonça Kapok avec un grand sourire, « n’est qu’un papa phoque qui fait une grosse sieste ! »
Un grand soupir de soulagement parcourut la forêt. Les oiseaux se mirent à chanter de nouveau, célébrant le courage de leur ami.
Pipo se posa sur le chapeau trempé de Kapok.
« Tu vois, on avait raison de t’aider ! Ensemble, on est plus forts que n’importe quel monstre… ou n’importe quel ronflement ! »
Kapok regarda sa tenue trempée et boueuse. Pour une fois, ça lui était égal. Avoir des amis courageux, ça valait bien mieux qu’un pantalon propre.
« C’est vrai, » dit-il en riant. « Mais maintenant, qui m’aide à me sécher ? »

