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Kito n’était pas un cerf-volant ordinaire. Avec ses tissus qui changeaient de couleur sous le soleil et sa longue queue de rubans scintillants, il se prenait pour une comète de poche. Son meilleur ami, Léo, un garçon aux genoux toujours écorchés, le tenait fermement au bout de sa ficelle.

« Plus haut, Léo ! Plus vite ! » criait Kito, sa voix de toile tendue sifflant dans le vent. « La Lune nous attend ! Elle ne va pas descendre nous chercher, tu sais ! »

Kito était têtu comme une mule à ressorts. Son grand projet du jour, et de tous les autres jours, était d’emmener Léo sur la Lune. Il tirait, tirait, tirait sur sa ficelle avec un enthousiasme débordant, faisant à peine décoller les pieds de Léo du sol avant de le faire trébucher dans un fou rire.

« Attends, Kito ! Tu vas transformer ma casquette en frisbee ! » rigolait Léo.

Mais Kito ne riait pas. « C’est une mission LUNAIRE, Léo ! Pas une partie de chatouilles ! »

Soudain, une rafale de vent particulièrement espiègle s’engouffra sous Kito. C’était sa chance ! « ACCROCHE-TOI ! » hurla-t-il, filant vers une forêt qu’ils n’avaient jamais vue. Ce n’était pas une forêt normale. Les troncs étaient des manches de métal coloré et les feuilles, d’immenses toiles de tissu tendues comme des parapluies géants. C’était la Forêt des Arbres-Parapluies.

Et, bien sûr, ce qui devait arriver arriva. ZIIING ! TCHAC ! FLOP ! La ficelle de Kito s’emmêla dans les baleines d’un arbre-parapluie rose à pois jaunes. Léo, toujours accroché, se balança doucement à deux mètres du sol. Kito, lui, était ficelé comme un rôti volant. En dessous d’eux, au lieu de feuilles mortes, le sol était couvert de confettis qui frémissaient à chaque brise, dégageant une odeur de sucre filé et de papier de fête. Une douce pluie de nouveaux confettis commença même à tomber des arbres, faisant un bruit de frou-frou apaisant.

« Eh bien, eh bien, on dirait que nous avons un plat de spaghettis volants, » hulula une voix au-dessus d’eux.

Perchée sur une branche, une chouette portant de petites lunettes de soudeur et une ceinture à outils les observait d’un œil malicieux. C’était Madame Houlà, la bricoleuse en chef de la forêt.

« Vous voulez monter si haut ? » demanda-t-elle. « Tirer, c’est pour les tracteurs, pas pour les voyageurs des étoiles. Pour atteindre la Lune, il faut de l’imagination, pas des biscottos ! »

De sa ceinture, elle sortit un petit objet brillant, lisse comme un galet de rivière mais fait d’un bois qui semblait avoir capturé la lumière de la lune. « Voici un sifflet des vents. Il n’ordonne pas au vent, il lui chuchote des idées. Soufflez dedans pour trouver les courants d’air magiques. »

Léo prit le sifflet et souffla. Un petit « pouët » ridicule en sortit. Rien ne se passa.
« Encore un gadget qui ne marche pas ! » bougonna Kito, se débattant dans ses liens.

Léo, voyant son ami découragé, eut une idée. Il se mit à raconter la blague la plus nulle qu’il connaissait. « Kito, sais-tu pourquoi les plongeurs plongent toujours en arrière et jamais en avant ?… Parce que sinon ils tombent dans le bateau ! »

Léo éclata d’un rire si puissant et si joyeux que son corps entier se secoua. Et là, magie ! Le sifflet, toujours entre ses lèvres, émit une mélodie cristalline, pure et dansante. Aussitôt, les confettis au sol se mirent à tourbillonner, créant une petite tornade colorée qui sentait bon le pop-corn et la limonade pétillante. Un courant d’air chaud et doux les souleva, démêlant Kito de l’arbre-parapluie avec une infinie délicatesse.

« Recommence, Léo ! » cria Kito, stupéfait.

Léo, hilare, continua de rire aux éclats. Le sifflet chantait et, guidé par la mélodie, Kito ne tirait plus. Il dansait. Il surfait sur des vagues d’air invisibles, emmenant Léo dans une valse aérienne. Le ciel se teinta de violet et de rose, les étoiles semblaient à portée de main, et l’air avait le goût sucré de la lumière étoilée. Ils ne montaient pas en ligne droite vers la Lune ; ils dessinaient des arabesques joyeuses dans le ciel du soir.

Finalement, le rire de Léo se transforma en un soupir de bonheur et ils atterrirent en douceur dans leur champ familier.

Kito se laissa flotter près du visage de son ami. « Tu sais, Léo, le plus beau voyage, ce n’est pas d’aller sur la Lune. C’est de voler en rigolant avec toi. »

Léo sourit et sortit un petit quelque chose de sa poche. C’était un biscuit rond, tout jaune, en forme de pleine lune.

« Tu vois, Kito ? On l’a attrapée quand même. Et celle-ci, au moins, on peut la manger. »