🎧 Écouter l'histoire :
S'abonner aux histoires pour Enfants :
Sur son fidèle navire, un canard en plastique jaune nommé « Le Vague-à-Bond », le Capitaine Bain-Mousse était le pirate le plus redouté des sept mers… de la salle de bain. Son chapeau de pirate, bien trop grand pour sa petite tête, lui tombait souvent sur son cache-œil, mais cela ne l’empêchait pas de commander avec une audace folle. Son plus grand trésor, posé sur le porte-savon comme sur un trône, était l’Étoile de Mousse. Cette étoile magique, quand elle touchait l’eau, la faisait pétiller de mille bulles parfumées au savon-caramel.
Un soir, le Capitaine Bain-Mousse décida de tenter la manœuvre la plus périlleuse de sa carrière : le « Tourbillon du Grand Plouf ».
« À l’abordage des vagues, mes jolis ! » cria-t-il à une flotte de jouets imaginaires.
Il se mit à pagayer avec ses mains si vigoureusement que l’eau se mit à tourner, tourner, de plus en plus vite. Un vortex géant se forma juste au-dessus du trou de la baignoire. Soudain, avec un « ZOUIIIP ! » aspirant, l’Étoile de Mousse glissa de son trône et fut avalée par le tourbillon.
« NON ! Mon trésor ! » hurla le Capitaine.
Sans réfléchir, il plongea pour la rattraper et fut emporté avec elle dans un grand « GLOUPS ! ».
Il atterrit en douceur sur un monticule moelleux et étrangement familier. Autour de lui s’étendait un paysage incroyable : des montagnes de chaussettes dépareillées, des forêts de peluches à l’œil manquant et des rivières de poussière grise. Une odeur de linge humide et de souvenirs oubliés flottait dans l’air.
« Par mes bulles de savon, où suis-je ? » marmonna-t-il.
Une voix grave et un peu râpeuse répondit : « Vous êtes au Pays des Chaussettes Perdues, jeune écervelé. »
Devant lui se tenait une vieille chaussette en laine, droite et digne malgré un trou au talon.
« Je suis Maître Chaussette, gardien de ce royaume lugubre. Et à cause de votre imprudence, l’Étoile de Mousse a atterri ici. Sans elle, l’heure du bain deviendra triste et plate pour tous les enfants du monde ! »
Le Capitaine Bain-Mousse sentit son cœur de pirate se serrer. Sa passion pour l’aventure avait causé une catastrophe. « Je dois la récupérer ! » déclara-t-il.
Maître Chaussette, touché par son remords, hocha la tête. « La route est périlleuse. L’Étoile a été dérobée par le Lapin de Poussière, une créature farceuse qui adore tout ce qui brille. Mais vous ne serez pas seul. »
D’un claquement de fil, une petite troupe de boutons ronds et colorés surgit en roulant. C’étaient les boutons explorateurs, vifs comme l’éclair et courageux comme des lions miniatures.
Guidé par la sagacité de Maître Chaussette et l’agilité des boutons, le Capitaine s’enfonça dans un labyrinthe de peluches géantes. Enfin, ils arrivèrent dans une clairière où une énorme boule de poussière grise avec de longues oreilles dansait frénétiquement. Le Lapin de Poussière tenait l’Étoile de Mousse et l’utilisait comme une boule à facettes, projetant des éclats de lumière mousseuse partout.
« Il ne nous la rendra jamais ! » s’inquiéta Bain-Mousse.
« Ruse, Capitaine, ruse ! » souffla Maître Chaussette. « Le Lapin adore danser, mais il déteste les rythmes qui ne sont pas les siens ! »
Le Capitaine eut une idée. « Boutons explorateurs ! À mon commandement ! Trouvez-moi quelque chose de métallique ! »
Les boutons roulèrent et revinrent avec un vieux soldat de plomb oublié.
« Parfait ! Maintenant, tapez un rythme très, très ennuyeux ! »
Les boutons se mirent à taper sur le soldat : TAC… TIC… TAC… TOC… TAC… TIC…
Le Lapin de Poussière s’arrêta net, ses oreilles de poussière frémissant d’agacement. Le rythme était lent, sans joie, insupportable ! Il se boucha les oreilles en grognant, laissant tomber l’Étoile une seconde. Profitant de la diversion, le Capitaine Bain-Mousse se faufila et attrapa son trésor.
Maître Chaussette leur montra le chemin du retour : un toboggan de tissu qui n’était autre qu’une vieille jambe de pantalon menant vers la lumière. Après de chaleureux adieux, le Capitaine remonta et se retrouva, tout dégoulinant, sur le carrelage de la salle de bain.
Vite, il replaça l’Étoile sur son porte-savon. Il était temps de réparer sa bêtise. Il ouvrit le robinet. L’eau toucha l’Étoile qui se mit à pétiller comme jamais. Mais quelque chose avait changé. Des milliers de minuscules paillettes argentées, vestiges de son aventure avec le Lapin de Poussière, se mirent à danser dans l’eau, scintillant comme un ciel étoilé. Le bain n’était plus seulement moussant, il était féerique. Grâce à sa plus grande bêtise, le Capitaine Bain-Mousse venait d’inventer le bain le plus magique du monde.

