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Au cœur du Royaume de la Rigolade, où les arbres racontaient des blagues et les nuages prenaient des formes de bananes à moustaches, se trouvait le merveilleux Lac du Rire. D’habitude, ce lac pétillait de mille bulles de joie qui éclataient en libérant des éclats de rire cristallins. Mais depuis quelques jours, une catastrophe se préparait : le lac devenait plat comme une blague pas drôle. Ses bulles faisaient « pschitt » avec un air fatigué, et son eau, qui avait normalement le goût pétillant de la grenadine, avait maintenant le goût d’une eau de pluie un peu tristounette.

Tous les habitants, du boulanger au roi, fronçaient les sourcils en direction de la montagne voisine. Là-haut vivait Grognon, un dragon à la mine renfrognée, célèbre pour ses éternuements-tremblements de terre.
« C’est encore lui ! » se plaignaient les gens. « Il a dû éternuer si fort qu’il a aspiré tous les rires ! »

Heureusement, le royaume avait un héros pas comme les autres : Sir Titille. Son armure n’était pas en fer, mais en tissu brillant couleur arc-en-ciel, et son casque était orné d’une immense plume de paon, si douce qu’elle pouvait faire pouffer un rocher. Ses seules armes étaient ses dix doigts experts en chatouilles et son propre rire, aussi contagieux qu’un bâillement dans une salle d’attente.

« Ne craignez rien ! » déclara Sir Titille. « Je vais rendre sa bonne humeur à ce dragon avec ma technique secrète : la Chatouille Tourbillon ! »

Armé de sa plume et de son courage, il grimpa jusqu’à l’antre de Grognon. La grotte ne sentait pas le feu et la cendre, mais plutôt le renfermé et un peu la poussière de poivre. Le dragon était là, recroquevillé sur lui-même, l’air plus misérable que méchant.
Sir Titille s’approcha sur la pointe des pieds et… ZOU ! Il lança son attaque de chatouillis sur les flancs écailleux du dragon.

La réaction fut immédiate, mais pas celle espérée.
« Non ! Arrêtez ! » gronda Grognon, en se tortillant. « Ça… Ça gratouille trop ! Ça piiiiique ! »
Son nez se mit à frétiller, ses narines se mirent à trembler, et il prit une inspiration colossale.
« A… A… ATCHOOOOM-GIGANTESQUE ! »
Un souffle surpuissant déferla de la grotte, descendit la montagne et, dans un dernier soupir venteux, éteignit les quelques bulles qui frémissaient encore à la surface du lac. La situation était pire qu’avant.

Dépité, Sir Titille s’assit sur une pierre. C’est alors qu’une petite voix rapide l’interpella.
« Élémentaire, mon cher Chevalier ! Vous regardez le problème, mais pas les indices ! »
C’était Noisette, un écureuil détective coiffé d’une loupe en guise de monocle. Son nez frétillait, capable de renifler une piste à trois chênes de distance.
« Suivez-moi ! » lança-t-il.

Noisette pointa sa petite patte vers le sol. Sir Titille découvrit d’abord des pétales de fleurs rose fluo qui sentaient très fort le chewing-gum à la framboise. Puis, un peu plus loin, caché derrière un buisson, un énorme mouchoir en tissu, grand comme une nappe de pique-nique. Ils en trouvèrent un autre, puis un autre, formant une piste qui menait… non pas vers la grotte du dragon, mais vers les berges du lac.

Là, ils firent la découverte du siècle. De nouvelles fleurs avaient été plantées tout autour du lac : des « Fleurs Riri-Fou-Fou », dont le pollen ultra-parfumé était censé provoquer l’hilarité.
Sir Titille frappa son front. « Mais bien sûr ! Les fleurs sont nouvelles, et les éternuements de Grognon aussi ! Il n’est pas méchant… il est allergique ! »
Noisette renifla une fleur de plus près et laissa échapper un minuscule « atchi ! » qui confirma la théorie.

Ils retournèrent voir Grognon, non pas avec des plumes, mais avec la vérité.
« C’est ce parfum de bonbon ! » avoua le dragon, tout penaud. « Ça me fait un Kili-kili insupportable dans les narines ! »

La solution fut vite trouvée. Avec l’aide de tout le village, les Fleurs Riri-Fou-Fou furent remplacées par de magnifiques chardons bleus, piquants et parfaitement inodores, le plat préféré de Grognon. Soulagé, le dragon n’éternuait plus. Le Lac du Rire recommença aussitôt à bouillonner de bulles joyeuses.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Grognon, reconnaissant, découvrit qu’il pouvait contrôler ses éternuements. En se pinçant un peu le nez, il pouvait produire une douce brise : un « Atchou-léger ». Désormais, chaque matin, le dragon Grognon, devenu le Souffleur de Joie officiel, envoyait de petites rafales de vent contrôlées sur le lac. Ses gentils éternuements propulsaient les bulles de rire bien au-delà des berges, les faisant voyager par-dessus les collines, jusqu’au village des Chaussettes-qui-puent, répandant la joie plus loin que jamais.