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Sire Tincelle était le plus courageux des chevaliers. Du moins, entre le lever du soleil et le goûter. Armé de son épée en bois poli et vêtu d’une armure si étincelante qu’elle éblouissait les papillons, il pourfendait sans pitié les plus féroces des créatures : les dragons en peluche à un œil et les monstres-chaussettes cachés sous son lit. Mais dès que l’ombre du soir commençait à grignoter la lumière, le cœur de Sire Tincelle se mettait à battre la chamade, aussi vite qu’un colibri affamé.
Un soir, alors qu’il s’apprêtait à se barricader dans sa chambre, une odeur de poussière d’étoiles refroidie et de silence envahit le royaume. Le Marché des Rêves, d’ordinaire si vibrant de couleurs et de murmures joyeux, était plongé dans une obscurité angoissante. Au centre de la place, la grande Lanterne des Songes, qui d’habitude brillait d’une lumière douce au goût de miel, était éteinte. Les tisse-rêves, de petites créatures aux doigts de lumière, étaient figés, leurs métiers à tisser immobiles. Plus un seul rêve ne pouvait être fabriqué !
Le Grand Tisseur de Songes se tourna vers Tincelle. « Toi seul peux la rallumer, Sire Chevalier ! »
Tincelle déglutit. S’aventurer dans ces ténèbres où les ombres s’étiraient comme de longues pattes griffues ? L’idée lui donnait la chair de poule. Avançant à petits pas, son armure cliquetant comme une casserole pleine de cailloux, il sentit la panique le saisir. C’est alors qu’un doux bip-boop et un bruit de roulement feutré se firent entendre. Une petite créature rondouillarde, faite de métal doux et de circuits câlins, s’approcha de lui. C’était Câlinobot 700, un robot programmé pour une seule chose : faire les meilleurs câlins de l’univers. Sa seule source de lumière était une minuscule ampoule sur sa tête, qui vacillait tristement.
« Mission… câlin ? » proposa le robot d’une voix métallique et chaleureuse. Tincelle, trop effrayé pour refuser, se laissa étreindre.
Ensemble, ils atteignirent la lanterne. Sur son socle de pierre de lune, une gravure disait : « Pour que ma flamme danse à nouveau, nourrissez-moi d’un éclat de rire sincère ou du poids d’un vrai secret. »
Sire Tincelle se bomba le torse. « Lanterne ! Au nom du Royaume des Oreillers Douillets, je t’ordonne de t’allumer ! » Rien. La lanterne resta aussi sombre qu’une chaussette oubliée au fond d’un tiroir. Câlinobot, lui, essaya de faire un câlin au pied de la lanterne, sans plus de succès. Leurs tentatives étaient aussi inutiles qu’une fourchette pour manger de la soupe.
Le noir devenait plus profond, plus froid. Désespéré, Tincelle tapa du pied. « C’est ridicule ! » s’écria-t-il, sa voix tremblant un peu. « Je suis un chevalier, et j’ai plus peur du noir que… que des chaussettes dépareillées ! Voilà, je l’ai dit ! Ça me stresse de ne pas avoir les deux mêmes ! »
À peine eut-il prononcé ce secret absurde qu’une minuscule étincelle dorée jaillit au cœur de la lanterne. Intrigué, Câlinobot fit tourner ses circuits d’empathie. Une petite lumière se projeta de son ampoule, dessinant sur le sol une scène holographique : on y voyait Sire Tincelle, non pas en train de combattre, mais de chanter doucement une berceuse à un dragon en peluche pour l’aider à s’endormir.
Le chevalier devint rouge pivoine. Puis, l’absurdité de la situation le frappa. Un chevalier qui a peur du noir et qui chante pour ses « ennemis » ! Il éclata d’un rire si puissant et si sincère que son casque en tomba. Câlinobot l’imita avec une cascade de bip-boop-HA-HA joyeux.
Le secret ridicule, mélangé au rire libérateur, fut la recette parfaite. La Lanterne des Songes s’embrasa d’un coup, libérant une lumière chaude et pétillante, qui avait le goût délicieux de la barbe à papa étoilée. Le Marché des Rêves reprit vie, les tisse-rêves se remirent au travail dans un joyeux concert.
Alors que la lumière inondait chaque recoin, Sire Tincelle vit que les « monstres en peluche » n’étaient pas du tout des monstres. C’étaient d’adorables Peluches-Frissons, avec de grands yeux brillants, qui tremblaient de peur dans l’obscurité. Rassurées par la lumière, elles sortirent de leurs cachettes et, pour le remercier, firent à Sire Tincelle le plus grand, le plus doux et le plus chaleureux des câlins géants. Ce jour-là, le petit chevalier comprit que le plus grand courage n’était pas de ne pas avoir peur, mais de savoir en rire avec un ami.

