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Au cœur du Royaume des Rêves, là où les histoires sentent le caramel d’étoiles filantes, flottait Gaspard. C’était un petit fantôme si timide qu’il était presque invisible, drapé dans un vieux drap à coquelicots. On pouvait voir à travers lui son bien le plus précieux : une petite veilleuse en forme de champignon qu’il gardait toujours dans sa poche.

Chaque nuit, Gaspard avait une mission secrète : il collectionnait les « Éclats d’Histoires » qui tombaient de l’Arbre à Contes. C’étaient de petites pépites de lumière qui contenaient les aventures de pirates, les blagues de lutins et les secrets des princesses. Il les rangeait précieusement dans des bocaux.

Mais cette nuit-là, un papillon de lune particulièrement chatouilleux vint se poser sur son nez. Gaspard éternua un minuscule « Atchoum ! » fantomatique. Hélas, ce fut assez pour provoquer une catastrophe. Au lieu d’un petit souffle, il eut un hoquet d’aspiration surpuissant et… SLURP ! Il avala l’Éclat Principal, la source de toutes les histoires de la nuit. Aussitôt, un silence assourdissant s’installa. Les rêves des enfants du monde entier devinrent gris, plats et ennuyeux comme un jour de pluie sans bottes.

Gaspard sentit les coquelicots de son drap pâlir de culpabilité. Paniqué, il serra sa veilleuse-champignon et fila vers le seul endroit qui pouvait peut-être l’aider : la Bibliothèque des Murmures.

Là-bas, les livres n’étaient pas en papier. C’étaient des centaines de lucioles qui bourdonnaient des récits en zigzaguant entre les étagères. Mais ce soir, elles flottaient mollement, leur lumière faiblarde.
« C’est une catastrophe ! » grésilla une voix survoltée. C’était Zélie, la luciole-bibliothécaire, qui tournait en rond si vite qu’elle ressemblait à une toupie lumineuse. « Plus d’histoires ! Mes lucioles-livres s’ennuient à mourir ! Elles ne racontent plus que des recettes de tisane à la camomille ! Et toi, qu’est-ce que tu fais là à trembler comme une gelée ? »

Gaspard, devenant presque transparent, avoua sa terrible bêtise d’une voix qui n’était qu’un souffle. Zélie s’arrêta net. « Tu as… AVALÉ l’Éclat Principal ? » s’exclama-t-elle. D’abord furieuse, elle vit la panique dans les yeux du petit fantôme. « Bon, pas le temps de frissonner. En route, froussard ! On va récupérer cette histoire ! »

Le duo improbable s’envola dans les Rues des Sommeils Profonds. Ils durent esquiver des ronflements géants qui rebondissaient comme des trampolines sonores et sauter par-dessus des cauchemars endormis, de grosses pelotes de laine noire et piquante qui roulaient sur le sol.
« Essaie ton souffle ! » lui lança Zélie. « Mais pas pour faire peur, pour raconter ! »
Timidement, Gaspard se pencha vers un rêve tout gris et murmura : « Il était une fois… une chaussette qui rêvait d’être un chapeau pour un grand explorateur… » Une petite étincelle de couleur jaillit aussitôt dans le rêve. Gaspard sourit.

Soudain, une ombre immense se dressa devant eux. C’était l’Ogre des Oublis, un monstre pataud entièrement fait de doudous perdus, avec des yeux en bouton dépareillés. Il sentait la poussière et les câlins oubliés.
« Donnez-moi… vos souvenirs d’histoires ! » gronda-t-il d’une voix triste, tendant une patte en peluche usée.

Gaspard allait s’évanouir de peur. Mais Zélie lui cria : « Raconte, Gaspard ! Raconte la meilleure des histoires ! »
Le petit fantôme ferma les yeux, serra sa veilleuse, et se souvint. Pas une histoire de chevalier, non. Sa propre histoire. Il prit une grande inspiration et chuchota d’une voix claire : « Il était une fois, un fantôme si timide qu’il avait peur de son propre reflet. Un jour, il a fait une bêtise colossale et a rencontré une luciole très rapide et un peu râleuse… »

À mesure qu’il racontait son aventure, l’Éclat d’Histoires coincé en lui se mit à briller. Il illumina Gaspard de l’intérieur, faisant flamboyer les coquelicots de son drap. L’Ogre, fasciné, s’assit pour écouter. Le récit de Gaspard était si sincère et si drôle que l’Éclat se libéra dans un éclat de rire lumineux. Il fusa droit vers l’Arbre à Contes, qui retrouva instantanément ses couleurs vibrantes. Partout, les rêves recommencèrent à danser.

Gaspard, toujours un peu timide, avait découvert quelque chose de merveilleux : la joie de partager. Il n’était plus le fantôme qui se cachait, mais celui qui avait une histoire à offrir. Zélie, très impressionnée, se déclara aussitôt son « agente artistique ». Depuis ce jour, chaque soir, elle organise des séances de « chuchotis d’histoires » où Gaspard, bien à l’abri derrière un rideau de paillettes scintillantes, raconte les plus belles aventures aux rêves des enfants endormis.