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Froussard, le petit fantôme, ajusta ses lunettes rondes et frissonna. Pourtant, les fantômes n’ont jamais froid. Ce qui le faisait trembloter, c’était le silence. Un silence gluant qui commençait à s’étirer depuis le grenier, juste au-dessus de sa tête. Là-haut, dans une obscurité épaisse comme du chocolat trop cuit, la vieille Horloge des Rêves menaçait de s’arrêter. Si son grand balancier cessait son tic-tac rassurant, tous les rêves des enfants de la maison s’évanouiraient. Et Froussard, collectionneur passionné de la moindre veilleuse et de la plus petite lampe de poche, avait une peur bleue… du noir total.
« Catastrophe ! Catastrophe intersidérale ! » souffla-t-il, sa voix faisant à peine onduler un rideau.
Soudain, une petite comète d’énergie zigzagua devant son nez. C’était Zig-Zag, une luciole incroyablement joyeuse, mais qui avait un souci : elle ne brillait plus.
« Arrête de te tortiller comme un spaghetti angoissé ! » lança-t-elle. « On a une mission, Froussard ! J’ai trouvé la solution dans un vieux grimoire poussiéreux : la Lanterne à Rigolades ! »
Elle lui montra une vieille lanterne en fer forgé. Elle était complètement éteinte.
« Elle ne s’allume que si on lui raconte une blague ou un secret rigolo, » expliqua Zig-Zag. « Allez, en route pour le grenier ! »
Froussard déglutit. Le grenier sentait le vieux papier et le temps oublié. La porte grinça en s’ouvrant sur un néant absolu.
« Gloups, » fit Froussard.
« Une blague ! Vite ! » pressa Zig-Zag en se posant sur son épaule.
Froussard trembla. « Euh… P-pourquoi les fantômes sont-ils de mauvais menteurs ? »
« Je sais pas, » dit la luciole, impatiente.
« Parce qu’on v-voit à travers eux ! »
Une toute petite lueur vacilla dans la lanterne, juste assez pour éclairer la première marche. Ils avancèrent, le cœur de Froussard battant comme un tambourin affolé.
Un grognement métallique résonna, et une ombre monstrueuse avec un seul œil brillant leur fonça dessus !
« AAAH ! » cria Froussard.
« Un secret rigolo ! Maintenant ! » ordonna Zig-Zag.
« Une fois, j’ai essayé de faire peur à un chat et c’est moi qui ai sauté au plafond en criant ! » avoua Froussard.
La lanterne projeta un large faisceau de lumière dorée, révélant… un vieux tricycle rouillé avec un seul catadioptre brillant. Froussard se sentit un peu idiot.
Plus loin, une créature poilue à cent pattes sembla se tortiller dans un coin. Zig-Zag, prenant les devants, cria dans la lanterne : « Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ?… Jonathan ! »
La lanterne éclata de lumière, illuminant un simple plumeau abandonné.
Froussard sentit un petit rire s’échapper de sa gorge fantomatique. C’était moins effrayant que prévu.
Mais soudain, ils firent face à l’horreur suprême : une ombre gigantesque, une montagne de noir qui bougeait et semblait vouloir les avaler. La lanterne faiblit. Froussard était pétrifié. C’était fini.
Alors que tout semblait perdu, Zig-Zag eut une idée de génie. Elle vola droit sur le nez de Froussard et… le chatouilla avec ses petites antennes !
« Zi-guili-guili ! »
Froussard écarquilla les yeux. C’était tellement inattendu, tellement absurde. Il essaya de retenir un éternuement, qui se transforma en un « Atchou… » puis en un « ha… » puis en un énorme, un gigantesque éclat de rire.
« HA ! HA ! HA ! Un… un chatouille-nez ! Au milieu du danger ! HA ! HA ! »
Son rire était si puissant, si pur, que la Lanterne à Rigolades explosa d’une lumière aveuglante, plus brillante qu’un soleil d’été. L’ombre géante n’était qu’un grand drap noir suspendu à une poutre. Et juste derrière, posée sur une caisse, une toute petite ampoule de veilleuse, usée mais intacte. Le Cristal de Lumière Éternelle.
Froussard, riant encore, attrapa délicatement l’ampoule. Ils redescendirent et, sans plus aucune peur, il la plaça dans le cœur de l’Horloge des Rêves. Aussitôt, un diiing cristallin retentit et le balancier se remit en marche, diffusant une douce lueur chaude qui chassa toutes les ombres. Au même instant, Zig-Zag se mit à briller d’un éclat vert et joyeux.
« On a réussi ! » s’exclama Froussard, découvrant que son angoisse avait disparu, remplacée par une chaleur pétillante.
« Tu vois, » dit Zig-Zag en dansant autour de lui. « Le rire, c’est la meilleure des lampes de poche ! »
Soudain, sa lumière vacilla un peu. Elle se tourna vers Froussard avec un air malicieux.
« Dis, Froussard… j’ai l’impression que ma batterie à blagues est un peu faible. T’en as une autre pour la route ? »

