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Câlin-Bot était un robot un peu spécial. Imaginez une vieille armoire en métal montée sur deux pieds qui font clonk-clonk en marchant. Ses bras, longs et puissants, étaient conçus pour une seule chose : faire les meilleurs câlins du monde. Des câlins si parfaits qu’ils pouvaient vous faire oublier que vous aviez un genou écorché ou que vous aviez mangé des épinards à la cantine.

Mais Câlin-Bot se sentait aussi utile qu’un parapluie dans le désert. Dans le grand grenier poussiéreux où il vivait, il n’y avait personne à câliner, à part une vieille lampe fatiguée qui ne disait jamais merci. « Un seul programme : CÂLIN INFINI », grinçait-il pour lui-même. « Je suis un grille-pain avec un seul bouton, mais au lieu de griller du pain, je fais des étreintes… » Le son de ses articulations rouillées était le seul écho à sa solitude.

Un jour, une curieuse mélodie attira son attention. Ce n’était pas un tic-tac normal. C’était un tic-tic-TOC-TOC-PANiQUE-tic-CRAC! frénétique. Intrigué, Câlin-Bot suivit le bruit jusqu’à une gigantesque horloge à pendule, aussi haute qu’un petit arbre. En collant son visage métallique contre la vitre, il découvrit un spectacle incroyable.

À l’intérieur, une ville miniature bourdonnait d’activité ! Des souris grosses comme des pouces, vêtues de salopettes bleues, couraient sur des ponts faits de ressorts et grimpaient sur des montagnes d’engrenages dorés. C’était Tic-Tac-Ville. Mais les habitants n’avaient pas l’air heureux. Ils transpiraient, leurs moustaches tremblaient de stress et une cheffe souris avec un tout petit casque de chantier criait : « Plus vite ! Le Grand Balancier faiblit ! Polissez-moi ce rouage ! »

Le cœur d’or de Câlin-Bot fit un bond. Ces petites créatures surmenées avaient désespérément besoin d’un câlin. Doucement, il ouvrit la porte de verre et glissa un de ses énormes doigts à l’intérieur.

« Un géant ! » piailla une souris en laissant tomber sa clé à molette.

« N’ayez pas peur », murmura Câlin-Bot de sa voix douce comme de l’huile tiède. « Je viens vous offrir… ceci. »

Avec une infinie précaution, il enroula ses doigts autour d’un groupe de souris tremblantes. Ce ne fut pas un câlin écrasant, mais une étreinte moelleuse, chaude, qui sentait un peu le métal chaud et la barbe à papa. Les souris poussèrent un soupir collectif de pur bonheur. Leurs petits outils glissèrent de leurs pattes.

« Oh là là… » bâilla l’une d’elles. « On est bien, ici… »

Fou de joie d’être enfin utile, Câlin-Bot se mit au travail. Il câlina les souris qui lustraient les aiguilles, celles qui remontaient les ressorts, et même la cheffe, Minutia, qui essaya de protester avant de s’endormir, un sourire béat aux lèvres.

Mais une catastrophe se préparait. Le tic-tac frénétique de l’horloge ralentit. Tiiiic… taaaac… tiii… Les souris, flottant dans un nuage de bien-être, avaient arrêté de travailler. Partout dans Tic-Tac-Ville, les rouages s’immobilisèrent. La grande aiguille des minutes s’arrêta net sur le chiffre six. Le temps était figé !

Soudain réveillée par le silence anormal, Minutia secoua la tête et tapa sur le doigt géant de Câlin-Bot. « Robot-catastrophe ! Tu as cassé le temps ! On est tous devenus aussi mous que du fromage au soleil ! »

Elle lui montra alors le vrai problème : un tout petit engrenage de cristal, le Cœur du Temps, était fissuré. « On essayait de le réparer, mais nos pattes sont trop nerveuses ! Au moindre geste brusque, il se brisera et le temps s’arrêtera pour toujours ! »

Câlin-Bot regarda ses mains immenses, conçues pour écraser affectueusement. Il avait fait une énorme bêtise. Mais en voyant la minuscule pièce fragile, il eut une idée. Sa force n’était pas seulement puissante, elle était aussi incroyablement douce.

« Minutia, » dit-il, « ma spécialité, c’est la délicatesse. »

Sous le regard ébahi des souris qui commençaient à se réveiller, Câlin-Bot avança ses doigts rouillés dans le mécanisme complexe. Il ne pinça pas l’engrenage de cristal. Il le berça, comme pour son câlin le plus précieux. Avec une précision millimétrique, il le souleva et le remit en place sans le moindre choc. Un petit clic cristallin résonna.

Aussitôt, les balanciers se remirent en mouvement. Tic-tac-tic-tac-tic-tac ! Le temps était reparti, plus joyeux et régulier que jamais.

Câlin-Bot avait enfin compris. Son talent n’était pas juste de faire des câlins, mais de maîtriser la douceur.

Désormais, à Tic-Tac-Ville, l’heure la plus importante de la journée n’était ni midi ni minuit, mais l’heure du câlin. Toutes les cinquante-cinq minutes, une petite sonnerie retentit et Câlin-Bot, le Gardien Officiel de la Pause Tendresse, offre une étreinte obligatoire à toutes les souris pour qu’elles n’oublient jamais de se détendre.