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Dans la majestueuse Bibliothèque des Chuchotis, où le silence était si épais qu’on aurait pu le couper en tranches pour en faire des tartines de tranquillité, vivait P’tit Mots. Pas plus grand qu’une apostrophe, avec des lunettes rondes perchées sur son nez minuscule et un gilet de velours bleu nuit, il était le gardien officiel des virgules. Son travail consistait à dépoussiérer les points et à s’assurer que chaque phrase respire au bon moment. La bibliothèque sentait bon le papier vieilli et la poussière d’étoiles séchée, et P’tit Mots adorait ça.

Un après-midi, alors qu’il polissait une parenthèse particulièrement timide, un bruit monstrueux fit trembler les étagères jusqu’à leurs racines de bois.

KA-TCHOU-MOTS !

Ce n’était pas un éternuement normal. Celui-ci était rempli de syllabes et de bouts de mots. P’tit Mots, manquant de tomber de son perchoir, vit une rafale de personnages colorés jaillir du rayon des contes de fées. C’était le Livre des Contes Ébouriffés qui était en pleine crise ! Un nouveau KA-TCHOU-MOTS ! projeta un dragon, une fée et un ogre dans les airs comme des confettis.

« Oh non, non, non ! » couina P’tit Mots. « C’est un vrai bazar narratif ! »

Il siffla trois fois, et une échelle en bois grinçante arriva en volant. C’était Ziggy, l’échelle volante la plus malicieuse de toute la bibliothèque. Elle communiquait par des craquements et des oscillations.

« Ziggy, vite ! » cria P’tit Mots en grimpant sur un barreau. « Il faut rattraper tout le monde ! »

Leur première cible fut un ogre terriblement grincheux, qui avait atterri en plein milieu d’une histoire d’amour intitulée Le Baiser sous la Glycine. Il était en train de mâchouiller les fleurs violettes en grommelant.

« Beurk ! Ça a un goût de poésie ! » râla l’ogre.
« Monsieur l’Ogre, vous n’avez rien à faire ici ! » expliqua P’tit Mots. « Votre histoire, c’est L’Ogre et les Sept Petits Poucets à la Moutarde ! »
« J’en ai marre de la moutarde ! Je veux du dessert ! » bougonna-t-il.

Laissant l’ogre à ses fleurs, ils filèrent vers le rayon des dictionnaires. Une fée, complètement perdue, s’amusait à transformer les verbes en chatouilles. Elle pointa sa baguette sur le mot « sauter » et P’tit Mots se sentit soudain obligé de faire des bonds en rigolant.

« Ar-ar-arrêtez… ha ha ha ! » supplia-t-il, secoué de hoquets de rire.

Enfin, caché derrière un énorme atlas du monde, ils trouvèrent le dragon. Mais au lieu de cracher du feu, ce grand timide soufflait de magnifiques bulles de savon qui sentaient le caramel et les nuages de pluie. L’une d’elles éclata doucement sur le nez de P’tit Mots. C’était adorable, mais ce n’était pas une histoire de dragon !

De retour devant le livre malade, P’tit Mots comprit. Le livre n’avait pas un rhume, il avait autre chose. C’est alors qu’une princesse, connue pour ses farces, sortit à moitié de la page et lui glissa un petit mot plié en forme de cygne. P’tit Mots le déplia. Il y était écrit : « Ce n’est pas la grippe, c’est une guili-grippe ! Cherche ce qui pique sous le chapitre sept. »

L’énigme chatouilleuse ! Avec l’aide de Ziggy, P’tit Mots se faufila entre les pages du chapitre sept. Son plumeau frôla quelque chose de doux et de minuscule, coincé près de la reliure. Il tira délicatement. C’était une toute petite plume irisée, une plume de Pégase-Moqueur !

À l’instant où il la retira, les éternuements cessèrent. Un grand silence se fit. Puis, un son nouveau s’éleva du livre. Un rire profond et joyeux.

HOU-HOU-HAAAA !

Le Livre des Contes Ébouriffés riait aux éclats, soulagé d’être enfin débarrassé de ce qui le chatouillait. Son rire créa un doux tourbillon de lumière dorée et de lettres dansantes. L’ogre, la fée et le dragon furent soulevés dans les airs et, avec des clins d’œil et des sourires, retournèrent chacun dans leurs pages.

P’tit Mots, curieux, jeta un œil aux histoires. Elles étaient un peu différentes. L’ogre se plaignait maintenant que sa soupe n’avait pas ce délicieux petit goût de glycine. La fée, dans son conte, lançait parfois des sorts qui provoquaient des fous rires incontrôlables. Et le dragon, pour effrayer le chevalier, lui crachait au visage une avalanche de bulles de savon au caramel, ce qui était bien plus surprenant que du feu.

P’tit Mots sourit, ajusta ses lunettes, et sut que même dans la plus ordonnée des bibliothèques, un grain de joyeux bazar créait les meilleures histoires.