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Pompon le dromadaire n’était pas un dromadaire ordinaire. Sa bosse unique était le piédestal parfait pour son incroyable collection de chapeaux. Chapeau haut-de-forme pour les jours de pluie, sombrero pour les jours de soleil, et même un casque de cosmonaute au cas où une étoile filante l’inviterait à danser. Mais Pompon avait un secret lourd à porter : il ne savait plus rire. Et ce jour-là, au Marché des Rêves et des Sourires, son secret semblait s’être répandu comme une tache de confiture triste.

D’habitude, le marché bourdonnait d’une cacophonie joyeuse. On y entendait des rires gras, des gloussements de bébés et des pouffements d’oncles à moustaches. Aujourd’hui, un silence cotonneux flottait dans l’air, qui sentait la poussière et les chaussettes oubliées. Même son magnifique chapeau melon lui semblait aussi lourd qu’une enclume.

C’est alors qu’une petite voix métallique et glougloutante l’interpella.
« Pssst ! Dromadaire à chapeau ! Tu n’aurais pas l’air d’un gâteau au chocolat qui a perdu ses pépites, par hasard ? »
Pompon baissa les yeux et vit une théière en porcelaine, ornée de petites fleurs peintes.
« Je m’appelle Théophile. Et toi, tu as besoin d’une bonne blague ! Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ? »

Avant que Pompon puisse répondre, Théophile fut secouée d’un spasme. En voulant crier « Jonathan ! », la théière crachota un jet de thé brûlant non pas sur Pompon, mais sur le pavé, dessinant une flèche parfaite vers une ruelle sombre.
« Oups, » fit Théophile. « C’est ma meilleure blague, mais elle sort toujours de travers. On dirait qu’elle veut nous montrer quelque chose ! »

Intrigué, Pompon se mit en route, son nouveau compagnon se dandinant sur ses petites pattes en céramique. Ils suivirent une piste de gouttes de thé qui sentaient le métal rouillé et le chagrin évaporé. Le chemin les mena jusqu’à une horloge de grand-père abandonnée, dont le tic-tac s’était tu depuis des lustres. En passant la tête par la porte en verre, Pompon découvrit un spectacle ahurissant : une ville miniature faite de rouages et de balanciers s’étendait à l’intérieur. Et partout, flottant doucement, des milliers de paillettes sombres qui absorbaient le son.
« Des paillettes de silence… » murmura Théophile. « C’est ce qui reste quand on aspire un éclat de rire. »
Un petit vrombissement attira leur attention. Au centre de la ville-horloge, un petit aspirateur rondouillard, pas plus gros qu’un melon, aspirait goulûment les dernières traces de joie.

« Arrête ça tout de suite ! » ordonna Pompon, sa voix plus grave que d’habitude.
L’aspirateur sursauta et se retourna. Il avait de grands yeux lumineux et l’air terriblement penaud.
« Je ne suis pas méchant ! » gémit-il d’une voix de moteur fatigué. « Je m’appelle Bourdon. Mon travail est d’aspirer les cauchemars. Mais… les rires font beaucoup de bruit, comme des cris ! J’ai cru que c’était dangereux, alors je les ai tous aspirés pour les ranger en sécurité. »

Pompon sentit son chapeau melon vibrer. Une idée ! C’était son chapeau à idées !
« Bourdon, » dit-il doucement. « Un bruit joyeux n’est pas un bruit dangereux. Laisse-nous te montrer. »

Aussitôt, le plan “Chapeau-Rigolo” fut lancé. Pompon coiffa son grand sombrero et se mit à danser une salsa ridicule, faisant onduler sa bosse comme une vague de caramel. Théophile, avec un dé à coudre en guise de béret, raconta une histoire de camembert qui voulait devenir funambule. Puis, Pompon enfila son haut-de-forme de magicien et, d’un geste théâtral, fit sortir non pas un lapin, mais une vieille chaussette rayée de son chapeau.

Bourdon les regarda, son moteur vibrant de plus en plus vite. Il observait leurs sourires, écoutait les gloussements de Théophile. Il comprit. Ce n’était pas de la peur, c’était… de la joie ! Soudain, une étrange pression monta en lui. Il sentit son sac se gonfler et…
PROUUUT !
Un nuage de paillettes étincelantes et multicolores jaillit de son tuyau. Chaque paillette, en éclatant, libérait un petit tintement cristallin. Bourdon venait de faire son tout premier prout de joie !

Les rires qu’il avait aspirés n’étaient pas perdus ; il les avait transformés ! Bientôt, le monde entier fut inondé de ces prouts scintillants. Les gens levaient la tête, attrapaient les paillettes et éclataient d’un rire qu’ils n’avaient jamais connu.
Pompon lui-même sentit un gargouillis monter du fond de son ventre. Ce fut d’abord un petit “hon-hon”, puis un grand “HA-HA” qui fit valser son chapeau. Pour la première fois depuis des années, Pompon riait à gorge déployée.

Désormais, Bourdon n’aspire plus les cauchemars. Il est devenu l’attraction principale du Marché des Rêves et des Sourires, où il offre des concerts de prouts de paillettes pour le plus grand bonheur de tous.