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Sur l’immense océan de moquette bleue du salon, le Capitaine Barbouille tenait fermement la barre de son navire. Ce n’était pas n’importe quel navire : c’était une baignoire sur roulettes, fièrement tirée par Canardzilla, un canard en plastique jaune si grand qu’il aurait pu faire de l’ombre à une théière. Barbouille, pas plus haut qu’une brosse à dents, ajusta son tricorne miniature et plissa son unique œil valide. Sa mission du jour : explorer les territoires inconnus de la Chambre de l’Enfant.

Canardzilla glissa en silence sur le parquet, son cou grinçant comme une vieille porte. Arrivés au pied du lit, Barbouille sortit sa longue-vue (une paille vide). C’est alors qu’il le vit. Flottant doucement au-dessus de l’oreiller, un point de lumière douce et chaude pulsait comme un cœur endormi. C’était plus brillant que le bouchon d’un stylo, plus scintillant que du papier cadeau.
« Par la barbe en mousse de Neptune ! » murmura Barbouille. « Le plus fabuleux des trésors ! »
Sans hésiter, il lança son grappin – un minuscule crochet de couture au bout d’une ficelle. Avec une précision de pirate, il harponna la petite lumière et la ramena vers lui. Ting ! Elle avait le son d’une clochette de fée et le goût subtil de la limonade étoilée. Barbouille la déposa délicatement dans sa boîte à trésors, un ancien porte-savon. Il venait de ‘réquisitionner’ l’Étoile du Sommeil.

À peine l’Étoile fut-elle enfermée que l’air de la chambre changea. Une odeur de chaussettes sales et de brocolis trop cuits commença à flotter. Du lit s’élevèrent des grognements confus.
« Oh non, pas les limaces géantes qui font du hula-hoop ! » gémit l’enfant dans son sommeil.
Barbouille, perplexe, vit l’ombre d’un mouton passer sur le mur, flottant sur le dos, les pattes en l’air, l’air très contrarié.
« Mon cher Capitaine, je crois que vous avez commis une bévue cosmique », dit une voix lente et spongieuse.
Barbouille se retourna. C’était Bob, une vieille éponge de bain vert pâle qui méditait souvent près de la plinthe.
« Une bévue ? J’ai trouvé un trésor ! » protesta le pirate.
« Ce ’trésor’ est le régulateur officiel des songes agréables », expliqua Bob. « Sans lui, c’est le grand bazar onirique. Les monstres de placard organisent des concours de claquettes et les bonbons prennent un goût d’épinards. »
Barbouille sentit ses moustaches de fil de fer s’affaisser. Il avait cassé les rêves ! Un pirate peut être un filou, mais il a son honneur. Il fallait réparer ça, et vite !

« En avant, Canardzilla ! À l’abordage du pays des rêves ! » cria Barbouille.
L’expédition nocturne commença. Bob l’éponge, pour son courage, fut nommé premier matelot. Leur premier obstacle fut ’l’océan de la couette’. L’enfant bougea, créant une vague gigantesque qui faillit faire chavirer la baignoire.
« Accrochez-vous ! » hurla Barbouille.
Ils escaladèrent ensuite le ‘Mont Oreiller’, une pente vertigineuse et molle. Canardzilla patinait, mais grâce à un stratagème ingénieux – utiliser Bob comme une cale antidérapante –, ils atteignirent le sommet. Enfin, ils durent naviguer dans les ‘courants d’air traîtres’ sous le lit, où les moutons de poussière roulaient comme des boulets de canon fantômes.

Juste au moment où un cauchemar de devoirs de maths menaçait de s’installer pour de bon, Barbouille arriva au chevet de l’enfant. Avec une infinie précaution, il sortit l’Étoile du Sommeil de sa boîte. La lumière chaude et douce emplit à nouveau la pièce d’une odeur de biscuits chauds. Il la reposa à sa place, juste au-dessus du front de l’enfant. Un long soupir de soulagement s’échappa des lèvres du dormeur. Les rêves de limaces et de chaussettes s’évanouirent, remplacés par des courses de licornes sur des arcs-en-ciel. Mission accomplie. Fier, Barbouille s’apprêta à repartir, sans remarquer que dans l’ascension, son précieux tricorne s’était décroché et avait glissé au pied du lit.

Au matin, les rayons du soleil chatouillèrent le nez de l’enfant. Il s’étira, heureux de sa bonne nuit. En posant les pieds par terre, il avisa un objet minuscule et noir. Un chapeau de pirate !
« Oh, super ! » s’exclama-t-il, ravi de ce cadeau mystérieux.
Il le ramassa et, sans se poser plus de questions, le posa sur la tête de son propre petit canard en plastique, celui qui trônait sur sa table de nuit.
Caché derrière le pied du bureau, le Capitaine Barbouille regarda la scène, la mâchoire décrochée. Son tricorne ! Son magnifique, son irremplaçable tricorne, sur la tête d’un vulgaire imposteur en plastique ! Il se tourna vers Canardzilla, son œil brillant d’une nouvelle détermination.
« Matelot Bob, prépare le grappin ! Canardzilla, hisse les couleurs ! Nouvelle mission : récupérer mon couvre-chef ! À l’abordage ! »