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« Vroum, vroum, en retard, TOUJOURS en retard ! »
Le moteur de Louna pétaradait de panique. Louna était un petit tracteur, d’un joli bleu ciel, mais elle avait un gros problème : même en se dépêchant tout le temps, elle arrivait toujours en retard. Et aujourd’hui, c’était la pire des fois. Elle allait rater la Fête de la Grande Paillette !
Sur sa planète, il ne pleuvait pas de l’eau, mais des millions de paillettes scintillantes. Et une fois par an, la pluie de paillettes était si intense qu’on l’appelait la Grande Paillette. Tout le monde se réunissait dans la clairière centrale pour danser sous cette douche étincelante.
Louna roulait à toute vitesse à travers la forêt enchantée. Les arbres avaient des feuilles de cristal et le sol brillait comme un ciel étoilé. Mais Louna ne voyait rien. Ses yeux étaient fixés sur l’horloge de son tableau de bord qui semblait se moquer d’elle.
« Plus vite, plus vite ! » se répétait-elle.
Soudain, SCRUNCH. Louna freina si brusquement que ses roues dérapèrent sur des cailloux couleur rubis. Le chemin était bloqué. Un mur immense de ronces, épaisses et piquantes, lui barrait la route. Elles étaient si emmêlées qu’on ne voyait même pas le ciel à travers.
« Oh non, non, non ! » pleurnicha Louna. Elle essaya de pousser avec sa grande pelle avant. GRRRRR… VROUM ! Rien à faire. Les ronces ne bougeaient pas d’un millimètre. Elles semblaient même se resserrer.
C’est alors qu’elle entendit un petit rire cristallin. Assis sur une grosse liane, un minuscule pixie aux ailes de libellule faisait tournoyer un long ruban de gymnastique aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il le lançait en l’air et le rattrapait avec une grâce infinie, sans se soucier du mur de ronces.
« Ce n’est pas le moment de danser ! » gronda Louna, son moteur vibrant d’impatience. « Je suis terriblement en retard ! Il faut que je passe ! »
Le pixie, qui s’appelait Ziggy, flotta jusqu’au phare de Louna. « Se presser ne fait pas fondre les montagnes, ni les murs de ronces, grand tracteur bruyant. »
« Mais… mais la fête ! Les paillettes ! »
Louna était si frustrée qu’elle donna un petit coup d’accélérateur. Son crochet de remorquage, à l’arrière, se balança et attrapa par accident le bout du ruban magique de Ziggy.
Et là, quelque chose d’incroyable se produisit.
Dès que le métal de Louna toucha le ruban, une cacophonie de petites voix plaintives envahit sa cabine.
« Aïe… ça tire… »
« J’ai soif, ma racine est toute sèche ! »
« Poussez-vous, votre épine me pique le bourgeon ! »
Louna regarda partout, effrayée. « Qui parle ? »
Ziggy sourit. « Ce ruban est magique. Il permet d’entendre le cœur des plantes. Ce sont les ronces que tu entends. »
Louna écouta plus attentivement. Ces ronces n’étaient pas méchantes. Elles étaient… malheureuses. Elles étaient si emmêlées qu’elles se faisaient mal les unes aux autres. Elles avaient juste besoin d’aide.
Pour la première fois de la journée, Louna coupa son moteur. Le silence se fit, seulement troublé par les murmures des plantes. Son cœur de tracteur, qui battait toujours la chamade, ralentit. Elle comprit qu’en essayant de foncer, elle n’avait fait qu’aggraver leur douleur.
« Je… je crois que je comprends, » dit-elle doucement à Ziggy. « Elles ne veulent pas nous bloquer. Elles sont coincées. »
« Et comment un tracteur peut-il démêler des ronces aussi fragiles ? » demanda le pixie, curieux.
« Seule, je ne peux pas, » admit Louna. « Mais à deux, peut-être… Je vais tenir le ruban et écouter. Toi, avec tes petites mains agiles, tu suivras mes instructions. »
Ziggy battit des ailes, ravi de ce nouveau jeu.
« D’accord ! » s’exclama Louna, qui tenait fermement le ruban avec son crochet. « La grosse branche à gauche… elle dit que sa voisine lui fait des chatouilles. Il faut la pousser tout doucement vers le haut. »
Ziggy vola et, avec une délicatesse infinie, il déplaça la branche. Un soupir de soulagement parcourut la plante.
« Parfait ! » continua Louna. « Maintenant, la petite pousse tout en bas a très soif. Si on tire la liane qui l’écrase, l’eau de la dernière pluie de paillettes pourra l’atteindre. »
Pendant de longues minutes, le gros tracteur et le minuscule pixie travaillèrent en parfaite harmonie. Louna, d’habitude si pressée, était devenue patiente. Elle n’écoutait plus son horloge, mais le chuchotement des fleurs et des feuilles. Ziggy, de son côté, dansait entre les lianes, suivant les indications précises de son amie.
Petit à petit, le mur de ronces s’ouvrit. Les branches se détendirent et s’écartèrent pour former une magnifique arche fleurie, comme pour les remercier.
« On a réussi ! » cria Ziggy.
Louna sentit son moteur vibrer, non plus de panique, mais de joie. Elle avait complètement oublié la fête. Aider les ronces avec son nouvel ami était bien plus amusant.
Alors qu’ils passaient sous l’arche, une pluie de paillettes dorées, plus intense que toutes les autres, commença à tomber. La Grande Paillette ! Ils étaient arrivés pile à temps. La clairière était juste de l’autre côté.
Louna et Ziggy dansèrent ensemble sous les étincelles, l’un en tournoyant dans les airs, l’autre en faisant de joyeux petits dérapages. Louna n’était plus en retard. Elle était exactement là où elle devait être. Elle avait appris qu’aller vite n’était pas le plus important. Le plus important, c’était de prendre le temps d’écouter, surtout avec son cœur.

