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Marcellin ajusta la toque blanche qui menaçait de glisser, une fois de plus, sur son museau. Ce jeune renard roux avait deux grandes passions dans la vie : inventer des desserts farfelus et tacher son grand tablier de sirop de fraise. Aujourd’hui, l’air autour de lui vibrait d’une odeur de sucre caramélisé et de lumière stellaire.

Il se tenait au bord de la majestueuse Fontaine de Limonade du royaume, concentré sur sa toute nouvelle création. Dans ses pattes reposait une fiole contenant de la levure d’étoile filante. C’était une poudre d’un bleu électrique, qui crépitait doucement comme un feu de bois miniature.

Soudain, un papillon aux ailes de velours se posa sur sa truffe humide. Marcellin lutta de toutes ses forces, plissa les yeux, mais l’éternuement fut inévitable.
« Atchoum ! »

La fiole lui échappa des pattes, décrivit un arc de cercle parfait, et fit plouf directement dans les eaux gazeuses de la fontaine.

Pendant une seconde, rien ne se passa. Puis, l’eau se mit à gargouiller avec un bruit inquiétant de métal rouillé grinçant sous la pression. Glou. Glou. SPLASH ! Un geyser rose fluo explosa à des dizaines de mètres dans les airs. En un clin d’œil, la rivière tranquille se transforma en un torrent d’une gelée pétillante et collante.

La vague gélatineuse déferla sur le village avec la délicatesse d’un troupeau de rhinocéros. Mais le pire n’était pas l’inondation. Le pire, c’était la texture. La gelée était si élastique qu’elle transforma la ville entière en un gigantesque parc d’attractions. Boing ! Les maisonnettes en pierre se mirent à rebondir. La boulangerie s’envola pour atterrir doucement sur le toit du cordonnier. Les habitants, propulsés hors de leurs lits, rebondissaient de nuage en nuage dans un concert de cris paniqués et de rires nerveux.

« Catastrophe spatio-sucrée ! » s’écria Marcellin, les oreilles aplaties en arrière. La vague rose, haute comme trois ogres empilés, continuait sa course folle. Elle rebondissait droit vers le château, où se préparait le grand banquet royal. Si la gelée écrasait les tables de la cour, le roi ferait de Marcellin une descente de lit !

Courant à perdre haleine à travers les rues rebondissantes, le renard trébucha sur un câble noir qui sortait d’un monticule de terre. Une taupe potelée émergea du trou. Elle portait un casque audio grand comme deux pastèques et plissait les yeux derrière des lunettes épaisses comme des culs de bouteille.

« Eh bien, mon petit lampadaire, » dit la taupe en tapotant affectueusement une boîte aux lettres rouge, « tu as un sacré rythme cardiaque aujourd’hui ! »

« Je suis ici ! Et je suis un renard ! » hurla Marcellin en sautillant pour se faire remarquer. « La ville est attaquée par un monstre de dessert géant ! »

La taupe ajusta ses lunettes et renifla l’air, qui sentait désormais le vinyle surchauffé et la framboise électrique. « Moi, c’est Mouffy, DJ des souterrains. Ce n’est pas un monstre, mon grand. C’est une masse gélatineuse. Et la gélatine, ça n’obéit qu’à une seule loi : les basses fréquences. Si on lui passe un bon gros son disco, je te parie mes platines qu’elle arrêtera de tout casser pour se mettre à danser. »

L’ingéniosité de Marcellin s’illumina comme un four à pleine puissance. « Si tu la fais danser sur place, je pourrais la figer avec ma chantilly stabilisatrice à la vanille blindée ! »

Le duo improbable fila vers le pont-levis. La muraille rose approchait dangereusement, menaçant d’engloutir les lustres en cristal du banquet étalés dans la cour.

Mouffy sortit ses platines portatives, brancha ses câbles sur les vieux tuyaux en cuivre des douves, et lança le morceau le plus funky de toute sa collection. BOUM. TAC. BOUM. TAC. Les basses étaient si puissantes qu’elles firent vibrer les moustaches de Marcellin et trembler les vieux pavés du château.

Dès que l’onde sonore percuta la gelée, celle-ci s’arrêta net. Captivée par les vibrations, la masse rose cessa d’avancer. Elle se mit à se déhancher de gauche à droite, ondulant et frétillant en parfaite synchronisation avec le rythme disco.

« À toi, le cuistot ! » hurla Mouffy par-dessus les basses.

Marcellin dégaina son super-canon à pâtisserie de son dos. Il visa le sommet de la vague dansante, ferma un œil, et pressa la détente. Pshhhhhh ! Des torrents de chantilly lourde, glaciale et onctueuse s’abattirent sur la gelée. Le choc thermique de la crème glacée mélangé au rythme effréné figea instantanément la masse rose. Elle se solidifia à exactement trois centimètres du trône du roi.

Le silence retomba, troublé seulement par le doux frémissement de la gelée désormais inoffensive. La menace s’était transformée en un gigantesque et magnifique gâteau translucide.

Le roi et ses invités, d’abord terrorisés, sortirent de sous les tables, attirés par le parfum irrésistible de sucre pétillant. On découpa la montagne rose à coups de hachettes à beurre. Ce fut un triomphe absolu, et le dessert fut déclaré chef-d’œuvre du royaume.

Cependant, la mystérieuse levure d’étoile filante n’avait pas livré son dernier secret. Dès que le roi avala sa première bouchée, il ouvrit la bouche pour féliciter chaleureusement le jeune pâtissier.

« Coin coin ! Coin coin, coin ! » fit sa majesté avec beaucoup de conviction.

Marcellin et Mouffy éclatèrent de rire en voyant les ducs et les duchesses cancaner joyeusement en se dandinant autour de la table. Le sortilège ne durait que cinq minutes, mais ce fut largement suffisant pour faire de ce banquet le plus bruyant, le plus délirant et le plus mémorable de toute l’histoire du royaume.