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Dans le Château de Glace, qui brillait sous la lune comme un immense gâteau saupoudré de sucre glace, tout le monde s’agitait. C’était la veille de Noël, et la Reine Givrélia organisait la plus grande fête de l’année. Mais un drame venait de se produire : le Miroir Rigolo avait disparu !
Ce n’était pas n’importe quel miroir. C’était un miroir magique dont le seul but dans la vie était de raconter des blagues si drôles que même les statues de glace finissaient par pleurer de rire. Sans lui, la fête risquait d’être aussi joyeuse qu’un flocon de neige en plein été.
Noisette, la théière personnelle de la Reine, sentit son couvercle se mettre à trembloter. Il était en porcelaine fine, avec de jolies peintures de noisettes dorées, mais il n’était pas courageux pour un sou. Le moindre bruit le faisait sursauter, et l’idée de partir à l’aventure lui donnait envie de se cacher sous une montagne de sucre d’orge.
« Oh non, oh non, oh non », murmura-t-il, son anse tremblant légèrement. « La Reine va être si triste. »
Voyant la mine déconfite de sa souveraine, Noisette prit une grande inspiration de vapeur parfumée à la cannelle. « Je… je vais le retrouver, Majesté ! » lança-t-il d’une petite voix qui se voulait brave.
La Reine lui sourit. « Fais attention, mon cher Noisette. Le château est grand et plein de mystères. »
Première tentative : La Garde Grognonne
Noisette se dandina sur ses petites pattes de porcelaine jusqu’aux portes des caves gelées. On disait qu’elles étaient gardées par un monstre terrifiant. Devant l’entrée se tenait un immense Gardien de Givre, avec des sourcils en stalactites et un air très, très grognon.
Le couvercle de Noisette se mit à danser la gigue. Cling, clang, cloc !
« E-e-excusez-moi, M-monsieur le Gardien ? » balbutia la théière.
Le géant de glace se tourna lentement, un grondement sourd sortant de sa poitrine. « QUOI ENCORE ? »
Noisette faillit s’évanouir. Mais il pensa à la Reine. « J-je cherche un miroir qui… qui raconte des blagues. »
Le gardien fronça ses sourcils de glace. Puis, d’une toute petite voix aiguë qui ne collait pas du tout avec son apparence, il couina : « Un miroir ? Non. J’ai rien vu. J’ai juste très mal à la tête. Un vrai gel de cerveau. »
Noisette cligna des yeux. Ce grand monstre avait une voix de klaxon de vélo ! Il n’était pas méchant, juste ronchon à cause de son mal de tête.
« Oh ! Je suis une théière, je peux peut-être vous aider ! » dit Noisette, soudain moins effrayé.
Il se pencha et versa un peu de son thé tiède à la menthe (pas trop chaud pour ne pas faire fondre le gardien) dans le creux de la main du géant. Le Gardien de Givre le but d’une traite.
« Ooooh, ça fait du bien ! Merci, petite chose fragile. Je n’ai pas vu ton miroir, mais j’ai entendu des chuchotements bizarres du côté de la Forêt des Stalactites Chantantes. »
Deuxième tentative : La Forêt Effrayante
Noisette remercia le gardien et se dirigea vers la Forêt des Stalactites. L’endroit était sombre et les stalactites pendaient du plafond comme les dents d’un géant endormi. Des sons étranges, comme des gémissements, résonnaient partout.
« Houuu… Hiiii… Fiiii… »
Le bec verseur de Noisette claquait de peur. C’était sûrement des fantômes de glace ! Il ferma les yeux, prêt à faire demi-tour. Mais le souvenir de la fête de Noël lui donna un peu de courage.
« Q-qui est là ? » cria-t-il.
Une des plus grosses stalactites lui répondit : « C’est nous ! On s’entraîne pour chanter “Mon Beau Sapin” ce soir, mais on n’arrive pas à trouver la bonne note ! Tu trouves que ça sonne bien ? »
Noisette rouvrit les yeux. Les fantômes étaient en fait une chorale de stalactites qui chantaient terriblement faux ! Encore une fois, les apparences étaient trompeuses.
« Hum, c’est… très original, » dit poliment la théière. « Vous n’auriez pas vu un miroir qui rigole tout seul ? »
« Un miroir ? Non, » répondit une autre stalactite. « Mais on a entendu des gloussements venir de la Salle des Trésors Scintillants, tout en haut de la tour nord ! »
Troisième tentative et succès final !
Noisette grimpa l’escalier en colimaçon, ses petites pattes fatiguées. La Salle des Trésors était éblouissante. Des montagnes de bijoux et de coupes dorées brillaient de mille feux. Et au milieu, un groupe de petites créatures blanches et virevoltantes, les Flocons Farceurs, jouaient avec un objet brillant. Ils gloussaient et se bousculaient.
« Ah ! Je vous y prends ! » s’exclama Noisette, essayant de paraître menaçant. « Rendez le miroir de la Reine ! »
Les Flocons Farceurs se tournèrent vers lui, l’air innocent. L’un d’eux lui tendit l’objet : ce n’était qu’une simple cuillère en argent, très polie.
« Oh, » fit Noisette, déçu.
« On n’a pas ton miroir, » dit un flocon en pirouettant. « Mais on a vu le petit Courant d’Air Coquin l’emporter ! Il disait qu’il voulait l’emmener sur le Grand Balcon pour raconter des blagues aux aurores boréales ! »
Sans perdre une seconde, Noisette courut jusqu’au Grand Balcon. Et là, posé contre la balustrade, se trouvait le Miroir Rigolo. Il était tourné vers le ciel nocturne, où dansaient des lumières vertes et roses.
« Toc, toc, toc, » disait le miroir à une aurore boréale particulièrement attentive.
« Qui est là ? » semblait murmurer le ciel.
« C’est Hiver ! »
« Hiver qui ? »
« Hiver-tu bientôt me laisser rentrer ? Il fait un froid de canard ici ! »
L’aurore boréale ondula de rire.
Noisette sourit. Il s’approcha doucement. « Excusez-moi, Monsieur le Miroir, Monsieur le Courant d’Air ? La fête va bientôt commencer et tout le monde vous attend. »
Le petit Courant d’Air Coquin, qui tourbillonnait joyeusement autour du miroir, sembla tout penaud.
« Oh, je ne voulais pas gâcher la fête, » siffla-t-il. « Je voulais juste que les aurores boréales rient un peu. »
« Et si vous veniez tous les deux à la fête ? » proposa Noisette avec astuce. « Comme ça, tout le monde pourra rire ensemble ! »
Le Courant d’Air Coquin fut ravi de l’idée. Il souleva délicatement le miroir et, avec Noisette fièrement installé sur le cadre doré, il les ramena tous les deux dans la grande salle de bal.
Ce fut la plus belle fête de Noël que le Château de Glace ait jamais connue. Le Miroir Rigolo raconta ses meilleures blagues, le Gardien de Givre (guéri de son mal de tête) tapa du pied en rythme, et la chorale des stalactites chanta “Mon Beau Sapin” (toujours aussi faux, mais avec beaucoup de cœur).
Quant à Noisette, il n’était plus seulement la théière de la Reine. Il était Noisette le Brave, le héros qui avait compris que le courage, ce n’est pas de ne jamais avoir peur, mais de continuer d’avancer même quand on a le couvercle qui tremble.

