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Le soleil se couchait sur la ferme, peignant les granges en or et les champs en miel. C’était l’heure parfaite pour une sieste, mais pas pour Paprika.

Paprika était un dragon, mais pas un de ces géants qui dorment sur des montagnes de trésors. Non, Paprika était grand comme une souris, avec des écailles couleur piment et une fâcheuse habitude : il était toujours, TOUJOURS en retard.

« Vite, vite, vite ! » sifflait-il en voletant à toute vitesse entre les pattes de la vache Marguerite. « Je suis en retard pour le Festival de la Flamme Éternelle ! C’est le plus grand événement de l’année draconique ! »

Le festival avait lieu dans le fabuleux Château de Glace qui scintillait au sommet de la montagne, visible depuis la ferme. Chaque année, Paprika se promettait d’y arriver à l’heure, et chaque année… il arrivait pour le rangement.

Cette fois, il avait un plan. Il tenait serré dans ses griffes un petit bocal en verre qu’il avait trouvé près du poulailler. Il le gardait pour y mettre un flocon de neige magique du château.

Zigzaguant comme un moustique pressé, il arriva enfin devant l’immense porte du Château de Glace. Elle était lisse et brillante, sans poignée ni serrure. Au centre, des lettres de givre formaient une énigme :

Je n’ai pas de jambes, mais je cours sans cesse.
Si tu m’attrapes, tu ne peux me garder.
Qui suis-je ?

« Facile ! » cria Paprika. « Le vent ! »
La porte resta gelée.
« Une rivière ! »
Rien.
« UN DRAGON PRESSÉ COMME MOI ! » hurla-t-il, exaspéré.

Frustré, il cracha une minuscule flamme sur la porte. La glace fondit une seconde avant de regeler, encore plus épaisse.
« Grrr ! Ça ne va pas assez vite ! »

C’est alors qu’une voix lente et pâteuse se fit entendre. « Miaouuu ? »
Assis sur un rocher couvert de neige, un gros chat roux et blanc bâillait tranquillement. Il ressemblait à une énorme brioche saupoudrée de sucre glace.
« Pousse-toi de là, le coussin à fourrure ! » lança Paprika sans même le regarder. « Je n’ai pas le temps pour les miaous ! »

Dans sa précipitation, il trébucha et laissa tomber son bocal. L’objet roula jusqu’aux pattes du chat, qui renifla l’ouverture en penchant la tête.
« Miaou, » répéta-t-il d’un air interrogateur.

Soudain, une petite voix claire et moqueuse sortit du bocal :
« Dis-donc, le piment volant, tu comptes faire fondre la montagne avec tes nerfs ? »

Paprika s’arrêta net. Il regarda le chat, puis le bocal. Le chat cligna lentement des yeux.
« C’est… c’est toi qui parles ? » balbutia le petit dragon en s’approchant du bocal.
« Miaaaou, » fit le chat.
Et la voix dans le bocal traduisit aussitôt : « Évidemment que c’est moi. Qui d’autre ? Toi, tu es bien trop agité pour dire des choses aussi sages. Je m’appelle Caramel. »

Paprika n’en croyait pas ses oreilles. Son bocal était magique ! Il comprenait le langage des chats !
« Tu… tu peux m’aider ? » demanda Paprika, soudain moins pressé. « Cette porte refuse de s’ouvrir ! »

Caramel, par la voix du bocal, répondit avec un calme olympien :
« Je t’observe depuis cinq minutes. Tu ressembles à une abeille qui a bu trop de soda. La réponse à l’énigme, ce n’est pas quelque chose que tu peux crier. C’est le Temps. »

« Le Temps ? » répéta Paprika. « Mais bien sûr ! Alors pourquoi ça ne s’ouvre pas ? »
« Parce que cette porte ne teste pas ton intelligence, petit dragon. Elle teste ta patience. Pour lui prouver que tu as compris, tu dois rester immobile devant elle, sans bouger et sans faire de bruit, pendant une minute entière. »

Une minute ? Pour Paprika, c’était une éternité. Une torture !
« Impossible ! » gémit-il. « En une minute, je pourrais faire trois fois le tour du château ! »
« Et tu resterais trois fois devant une porte fermée, » répondit sagement la voix de Caramel. « Essaye. Je vais t’aider. »

Paprika prit une grande inspiration et se posa devant la porte. Ses pattes trépignaient. Sa queue balayait la neige. Il voulait déjà repartir.
C’est alors qu’un son grave et régulier s’éleva. Un rrrrrrrrrr.
C’était Caramel. Il s’était roulé en boule et ronronnait.
« Écoute, » dit sa voix dans le bocal. « Ne pense à rien d’autre. Juste au rrrrrr de mon moteur à sieste. »

Paprika ferma les yeux. Il écouta. Le ronronnement était lent, apaisant. Il sentit ses petites épaules de dragon se détendre. Sa queue arrêta de s’agiter. Il oublia le festival, le retard, la course. Il y avait juste ce son, chaud et rassurant.

Quand il rouvrit les yeux, un silence profond avait remplacé le ronronnement. La grande porte de glace avait disparu, laissant place à une arche scintillante qui menait à l’intérieur du château.

« Tu as réussi, » murmura la voix de Caramel. « Tu vois ? La patience est une force, pas une perte de temps. »

Paprika se tourna vers son nouvel ami. « Merci, Caramel ! Sans toi, je serais encore en train de crier sur une porte ! »
Le chat se contenta de bâiller. « Miaou. » (De rien. Maintenant, une petite sieste s’impose.)

Paprika entra dans le château juste à temps pour le grand final du feu d’artifice de flammes magiques. C’était le plus beau spectacle qu’il ait jamais vu. Et pour la première fois, il prit le temps de le savourer, sans penser à ce qu’il devait faire après.

En rentrant à la ferme, le petit dragon tenait toujours son bocal, mais il ne cherchait plus à le remplir. Il avait déjà trouvé le plus précieux des trésors : un ami très différent de lui, et le secret pour, parfois, ralentir le temps.