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Dans le Sous-Bois des Ronflements, l’air sentait toujours le bon lait chaud et la mousse grillée. Pico n’était pas un hérisson comme les autres. Avec son casque en coquille de noisette un peu de travers et ses patins à roulettes taillés dans des demi-noix, il filait à toute allure sur les racines en faisant un bruit de castagnettes : clac, clac, clac, fiiiouuu ! Pico débordait d’énergie et, surtout, d’une affection redoutable. Le problème ? Ses piquants étaient toujours ébouriffés comme des fils de fer électriques.

Ce soir-là, Barnabé le blaireau, le gardien de la nuit (qui, ironiquement, souffrait d’insomnie chronique et buvait des tisanes au goût de vieille chaussette), venait tout juste de gonfler la grande Bulle de Dodo. C’était un globe scintillant géant qui flottait au centre du village et contenait toute la magie du sommeil.

Pico, voulant le remercier pour son excellent travail, s’élança sur ses patins.
— Barnabééééé ! Câlin d’enthousiasme ! hurla le petit hérisson.
— Non, Pico, attends ! Pas avec tes…
POK. Pshhhhhhhiiiiiit !

Les piquants de Pico venaient de transpercer la Bulle de Dodo. Une odeur de lavande pétillante et de lumière d’étoile explosa dans un boucan de klaxon enrhumé.

Soudain, le couvercle de la Machine à Sommeil sauta. Des dizaines de pyjamas enchantés s’échappèrent ! Des grenouillères à pois, des chemises de nuit à rayures et des caleçons à fleurs s’envolèrent dans le ciel. Libres comme l’air, les vêtements se mirent à danser la macarena et le cha-cha-cha sur les branches, en poussant des petits couinements de caoutchouc mouillé. C’était la grande panique !

— Oh, la boulette… murmura Pico. Si je ne répare pas ça avant le lever du soleil, tout le monde va dormir tout nu !

Il lui fallait un expert en urgences. Pico roula jusqu’à la rivière à la menthe glaciale pour trouver Maurice. Maurice était un oursin d’eau douce. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce petit génie de la bricole détestait tout ce qui piquait. Il passait sa vie à tricoter des chaussons douillets pour les cailloux de la berge.

— Maurice ! J’ai percé la Bulle et les pyjamas font la rumba ! paniqua Pico en dérapant sur ses noix.
L’oursin, confortablement installé dans un fauteuil en éponge, soupira en ajustant ses lunettes de soudeur.
— Je savais que ton affection excessive nous perdrait. Approche. Puisque tu es un danger public piquant, on va te neutraliser.

Maurice sortit son pistolet à confiserie et aspergea Pico de la tête aux pattes. En trois secondes, le hérisson se retrouva engoncé dans une énorme armure de guimauve rose. Il ressemblait à un nuage dodu parfumé au sucre fondu.
— Parfait, grogna l’oursin. Tu es maintenant officiellement inoffensif et hautement collant. En route !

Les deux compères traînèrent un immense Champignon-Catapulte au milieu de la clairière.
— Prêt ? demanda Maurice en tirant de toutes ses forces sur le chapeau élastique du champignon.
— Prêt à rebondir ! couina Pico, la voix étouffée par son casque de noisette.

BOING !
Pico fut propulsé dans les airs. Avec sa combinaison en guimauve, il n’avait même pas besoin d’attraper les pyjamas avec ses pattes : ils s’écrasaient directement sur lui ! Scratch ! Plof ! Une chemise de nuit, trois pantalons à carreaux et un bonnet de nuit vinrent s’engluer sur son ventre rebondi. En quelques vols planés, Pico ressemblait à une énorme boule de linge sale très parfumée.

Ils coururent ensuite vers la Machine à Sommeil qui fuyait avec un sifflement de théière furieuse.
— Le trou est trop grand, la pression est trop forte ! cria Maurice par-dessus le vacarme.
— Laisse faire le maître du roulé-boulé !

Pico prit son élan sur ses patins-noix et plongea la tête la première dans la fuite de la machine. C’est là que son ingéniosité opéra : sous l’effet de la chaleur du moteur qui sentait le métal grillé, l’armure en guimauve de Pico se mit à fondre, à gonfler et à caraméliser ! La pâte dorée s’étendit sur les parois, créant un bouchon étanche et délicieusement croustillant. Pico retira sa tête avec un schlouuurp sonore, laissant la guimauve durcie boucher le trou.

La machine toussota, vibra, et redémarra avec un curieux glouglou-pouf.
Mais la guimauve caramélisée avait modifié le mécanisme. La machine ne recracha pas de simples pyjamas. À la place, une trappe s’ouvrit et expulsa des dizaines de doudous ultra-moelleux. Et, cerise sur le gâteau, ces nouveaux compagnons étaient équipés d’une petite poche ventrale qui distribuait automatiquement du pop-corn tout chaud au goût de beurre salé pour accompagner les rêves.

Maurice attrapa un doudou-distributeur au vol et croqua un pop-corn.
— Finalement, grogna l’oursin avec un demi-sourire, tes bêtises ont du bon.

Pico, encore un peu collant mais fier de lui, fit un clin d’œil. La forêt entière s’endormit cette nuit-là au son des crunch-crunch joyeux, prouvant qu’une petite catastrophe bien moelleuse vaut parfois mieux qu’un plan sans accroc.