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Pistache n’était pas un nuage comme les autres. D’abord, il avait la forme d’un mouton tout rond et tout doux. Ensuite, et c’était là son plus grand secret, il avait une magnifique collection de cailloux. Il les transportait précieusement dans sa laine cotonneuse : des galets lisses de rivière, des petits éclats de granit qui brillaient au soleil, et même un caillou parfaitement cubique qu’il avait nommé “Tétrakion”. Les autres nuages se moquaient un peu. “À quoi ça sert, des cailloux, quand on peut flotter ?” disaient-ils. Mais Pistache s’en fichait. Il aimait ses cailloux.

Un jour, en flottant au-dessus d’un océan d’un bleu profond, il aperçut quelque chose d’incroyable. Tout au fond de l’eau, une immense bulle de verre abritait une ville lumineuse, pleine de tours en coquillages et de jardins de coraux fluorescents. Au centre de la ville, un chapiteau aux couleurs de l’arc-en-ciel scintillait de mille feux. C’était un cirque !

« Oh ! Il faut que j’y aille ! » s’exclama Pistache.

Plonger dans l’océan était impossible pour un nuage. Impossible ? Pas pour Pistache ! Il sortit de sa laine un petit carnet à spirales. Ce n’était pas un carnet ordinaire. Dès qu’on l’ouvrait, il créait une petite bulle d’air parfaite pour respirer sous l’eau. Pistache ouvrit son carnet, prit une grande inspiration, et plongea !

Plouf !

Il traversa le dôme magique et arriva dans la ville de Corailville. Des poissons-clowns jonglaient avec des perles, des hippocampes faisaient des courses et des crabes marchaient sur des fils d’algues tendus entre les maisons. C’était encore plus merveilleux que dans ses rêves !

Pistache flotta jusqu’au grand chapiteau du “Cirque des Abysses”. Mais l’ambiance n’était pas à la fête. Un grand poulpe violet, qui portait un chapeau haut-de-forme et semblait être le directeur, agitait ses huit tentacules dans tous les sens.

« C’est une catastrophe ! Une ca-tas-trophe ! » sanglotait-il. « La Grande Étoile Scintillante, celle qui illumine tout le spectacle, est tombée dans la Fissure Ténébreuse ! Le spectacle est annulé ! »

Pistache s’approcha timidement. « Excusez-moi, Monsieur le poulpe… Je suis Pistache. Peut-être que je peux aider ? »

Le directeur, Monsieur Octo, le regarda de haut en bas. « Toi ? Mais tu es… tout mou et tout petit ! L’étoile est coincée tout au fond. Seul quelqu’un de très fort pourrait la remonter, mais personne n’est assez mince pour passer dans la fissure ! »

Le cœur de Pistache se serra. Le directeur avait raison. Il était léger, mais trop large pour se faufiler dans une fissure étroite. Déçu, il s’éloigna et alla s’asseoir sur un rocher. Il était si triste qu’un de ses plus petits cailloux glissa de sa laine et roula par terre.

TOC !

« Aïe ! Mais faites attention où vous laissez tomber vos rochers, espèce de gros cumulus ! »

Pistache sursauta et regarda en bas. Un tout petit bernard-l’hermite, avec une coquille en spirale, le fusillait du regard avec ses yeux sur des tiges.

« Oh, pardon ! Je ne t’avais pas vu, » dit Pistache. « Je m’appelle Pistache. Et toi ? »
« Coquillon. Et je n’aime pas qu’on me lance des cailloux dessus, » grogna le petit animal.
« C’était un accident, j’étais distrait. Le cirque est annulé et c’est de ma faute si je ne peux pas aider, » expliqua Pistache.

Coquillon haussa ce qui ressemblait à des épaules. « La Grande Étoile ? Je connais cette fissure. J’y vais souvent pour me cacher. Je suis le seul à pouvoir y entrer. »
Les yeux de Pistache s’illuminèrent. « Vraiment ? Tu pourrais aller la chercher ! »
« Bien sûr que non, » répondit Coquillon. « Je suis peut-être petit, mais je ne suis pas Hercule ! L’étoile est bien trop lourde pour mes petites pinces. »

Ils restèrent silencieux un instant. L’un était trop large pour entrer, l’autre trop faible pour porter. Le problème semblait impossible.

Soudain, Pistache eut une idée. Une idée qui pétillait comme une bulle de savon. Il regarda Coquillon, puis le petit caillou qui avait roulé à ses pieds.

« Coquillon ! Et si on travaillait ensemble ? »
« Ensemble ? » ricana le bernard-l’hermite. « Qu’est-ce qu’un nuage et un crustacé pourraient bien faire ? »
« Écoute, » dit Pistache, plein d’enthousiasme. « Tu es le seul à pouvoir atteindre l’étoile. Moi, je suis léger, je peux flotter n’importe où. Et… j’ai ma collection de cailloux ! »

Pistache expliqua son plan. Coquillon, d’abord sceptique, finit par trouver l’idée géniale.

Ils se rendirent à la Fissure Ténébreuse. C’était une crevasse si fine qu’à peine une algue pouvait y passer. Coquillon se glissa à l’intérieur sans difficulté.
« Je la vois ! » cria sa petite voix depuis l’intérieur. « Elle est coincée sur un petit rebord ! Je ne peux pas la soulever ! »

« Parfait ! » répondit Pistache. Il fouilla dans sa laine et sortit “Galet-Lisse”, son caillou le plus rond et le plus glissant. « Coquillon ! Attrape ! »

Pistache, en se contorsionnant, réussit à passer juste un petit bout de son corps floconneux dans l’entrée de la fissure pour donner le galet à Coquillon. Le bernard-l’hermite, avec une précision incroyable, poussa le Galet-Lisse sous la Grande Étoile. Puis, de toutes ses forces, il donna un petit coup.

L’étoile, posée sur le caillou rond comme sur une bille, bascula, glissa du rebord et commença à tomber dans la fissure !

« Je l’ai ! » cria Pistache.

Il avait attendu juste en dessous. La Grande Étoile tomba doucement dans sa laine cotonneuse. Aussitôt, elle se remit à briller, illuminant le petit nuage comme une lanterne magique.

Quand ils retournèrent voir Monsieur Octo avec l’étoile brillante, le poulpe n’en crut pas ses yeux. Il serra Pistache et Coquillon dans un immense câlin à huit bras.

« Vous avez réussi ! Un nuage tout mou et un minuscule bernard-l’hermite ! Vous avez sauvé le Cirque des Abysses ! »

Ce soir-là, le spectacle fut le plus beau que Corailville n’ait jamais vu. Et aux meilleures places, tout devant, il y avait un petit nuage en forme de mouton et, assis fièrement sur sa tête, un bernard-l’hermite qui n’était plus du tout grognon.

Pistache avait compris. Être petit, ou mou, ou différent, cela ne voulait pas dire être faible. Parfois, c’était même la clé pour accomplir les plus grandes aventures. Avant de remonter dans son ciel, il ajouta un nouveau trésor à sa collection : un tout petit éclat de coquillage irisé, souvenir de son courageux ami Coquillon.