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Dans le Village des Douces Nuits, où même les courants d’air chuchotaient pour ne réveiller personne, vivait un petit fantôme nommé Polochon. Il n’était pas comme les autres fantômes. Son drap, au lieu d’être blanc et effrayant, était un vieux tissu de grand-mère décoré de joyeuses marguerites. Et quand il essayait de faire « Bouh ! », le son qui sortait ressemblait plutôt à un soupir de chaton découvrant une pelote de laine.
Polochon flottait maladroitement au-dessus des toits pointus, s’entraînant.
« B… B… Bouh ? » chuchota-t-il à une famille de corbeaux qui bâillaient sur une cheminée.
Les corbeaux le regardèrent, leurs yeux ronds comme des billes. Puis, l’un d’eux éclata d’un rire rauque. « Croa-croa-croa ! Il nous a chatouillé les plumes du cou ! »
Vexé, Polochon vira au rose pâle sous son drap. Il en avait assez ! Ce soir, il allait réaliser le « Bouh » le plus spectaculaire de l’histoire des fantômes. Il allait leur montrer qu’un fantôme à fleurs pouvait être terrifiant !
Il prit position au-dessus de la place du village. Il ferma les yeux, gonfla son drap comme un ballon de baudruche et prit une immense inspiration. L’air sentait la rosée du matin et la lavande des jardins. Il se concentra si fort que ses marguerites se mirent à trembler. Mais au moment de hurler, toute sa frustration se transforma non pas en cri, mais en un gigantesque soupir.
Un long ffffouuuuiiiiip surnaturel s’échappa de lui.
Ce n’était pas un son, c’était une aspiration ! Le ffffouuuuiiiiip engloutit la lumière des étoiles, qui s’éteignirent comme des bougies soufflées. Il goba le scintillement des lucioles, qui disparurent dans un petit pop. Il aspira même la douce lueur de toutes les veilleuses dans les chambres d’enfants. En une seconde, le Village des Douces Nuits fut plongé dans un noir total, un noir si épais qu’il avait un goût de réglisse oublié.
Polochon se figea. Non seulement il n’avait fait peur à personne, mais il avait éteint la nuit ! Et le pire… c’est qu’il avait une peur bleue du noir. Tremblant de honte et de frousse, il se laissa tomber sur un banc.
C’est là qu’il entendit un petit clic-clac énervé. Une minuscule silhouette s’approcha.
« Hé, le fantôme à fleurs ! C’est toi qui as appuyé sur l’interrupteur général de la galaxie ? »
Une petite lumière verte et fluo illumina le visage de Polochon. C’était Clochette, une luciole un peu fofolle. Mais au lieu de briller par elle-même, elle secouait frénétiquement un bâton lumineux de fête foraine.
« J-je… je suis désolé, balbutia Polochon. J’ai fait un Grand Soupir Surnaturel. »
« Un soupir ? Mon pauvre, tu as surtout fait une sieste à toutes les lumières ! » répondit Clochette en tapotant son bâton qui grésillait. « Bon, pas le temps de pleurer sur les étoiles éteintes. On doit les réveiller ! »
Clochette expliqua son plan : les lumières n’étaient pas parties, elles dormaient profondément, ronflant dans l’invisible. Guidés par le bâton de Clochette, ils trouvèrent la première lumière endormie : la veilleuse en forme de croissant de lune de la boulangerie. Elle émettait un minuscule « ron-pfiou » qui sentait le pain chaud.
« Vas-y, fais-lui peur pour la réveiller ! » lança Clochette.
Polochon essaya. « Bouh ? »
La veilleuse-croissant se retourna juste et soupira, comme si elle se blottissait plus confortablement sous sa couette d’obscurité.
« Ça ne marche pas ! » gémit Polochon.
« Alors, essaie le contraire ! » s’exclama Clochette. « Ne lui fais pas peur. Chante-lui une douce chanson pour la réveiller ! »
Polochon n’avait jamais chanté. Mais il essaya. Il prit une petite inspiration et laissa sortir son son habituel, mais en le rendant tout doux, tout long.
« Boooooouh-doux-doux-boooouuuuh… »
Le son flotta, tendre et caressant. Magie ! La veilleuse-croissant s’étira, s’illumina d’une lueur dorée et se mit à clignoter joyeusement, comme si elle riait.
Enhardis, Polochon et Clochette firent la tournée du village. Polochon chantait son « bouh » mélodieux, qui se transforma en un doux ronronnement lumineux. Les lucioles se réveillèrent en dansant la salsa. Les étoiles se rallumèrent une par une, mais avec une petite touche de fantaisie : une clignotait en rythme, une autre avait pris la forme d’une moustache rigolote.
Le Village des Douces Nuits brillait de mille feux, plus vivant et pétillant que jamais. Polochon n’était plus un fantôme qui voulait faire peur. Il était devenu le Gardien des Rêves Scintillants. Et parfois, quand une lumière était un peu fatiguée, il s’approchait et lui offrait son plus beau « bouh », un ronronnement magique qui la faisait briller de plus belle, avec une odeur de chocolat chaud et un petit rire cristallin.

