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Romy marchait dans la neige, son petit nez rouge de froid. Autour d’elle, la forêt enchantée s’était parée de son plus beau manteau blanc, mais la fillette n’avait pas le cœur à admirer le spectacle. C’était la veille de Noël, et elle s’était perdue. Le pire, c’est qu’elle se sentait terriblement seule. Romy n’avait jamais eu beaucoup d’amis, et ce soir, ce sentiment pesait plus lourd que son sac à dos.

Elle serra contre son cœur son unique trésor : une petite boîte en bois de sapin, décorée d’étoiles peintes. Ce n’était pas une boîte ordinaire. Quand on l’ouvrait, elle racontait des histoires drôles.

« Boîte, j’ai froid et j’ai peur », murmura Romy.

Aussitôt, le couvercle s’entrouvrit en grinçant joyeusement et une petite voix métallique en sortit :
« Toc toc toc !
– Qui est là ? répondit Romy en jouant le jeu.
– C’est Hiver.
– Hiver qui ?
– Hiver-tu bientôt me laisser entrer ? J’ai les grelots qui gèlent ! »

Romy laissa échapper un petit rire, un son clair qui se perdit parmi les arbres silencieux. C’était bien la seule chose qui arrivait à la faire sourire.

Soudain, un craquement de branches la fit sursauter. Une silhouette massive, deux fois plus haute qu’un grand chêne, apparut entre les sapins. C’était un géant de pierre, le visage couvert de mousse et le regard aussi dur que le granit. Ses sourcils étaient deux grosses racines broussailleuses.

« QUI FAIT DU BRUIT ? » gronda le géant, d’une voix qui fit trembler la neige sur les branches. « JE HAIS LE BRUIT ! JE HAIS LES RIRES ! SURTOUT À NOËL ! »

Terrorisée, Romy cacha sa boîte derrière son dos. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais lui échapper. Il était trop grand, trop fort, et avait l’air très, très en colère. C’était impossible de s’en sortir toute seule.

Le géant s’approcha, son pied énorme s’enfonçant dans la neige avec un bruit sourd. « Qu’est-ce que tu caches, minuscule chose ? »

Romy sentit les larmes lui monter aux yeux. Perdre sa boîte, sa seule amie, serait pire que d’être perdue. Alors, elle eut une idée, une idée folle et courageuse.

« C’est… c’est une boîte à blagues ! » lança-t-elle d’une petite voix tremblante.

Le géant fronça ses sourcils de racines. « Une boîte à quoi ? Les blagues, c’est ce qu’il y a de pire ! C’est niais et bruyant ! »

« Peut-être, mais… mais vous n’avez pas l’air de beaucoup rire, monsieur le géant. Ça doit être triste. »

Le géant fut si surpris qu’il arrêta d’avancer. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Tous le fuyaient.

Romy prit son courage à deux mains. « Boîte ! Raconte-lui ta meilleure blague ! La plus drôle de toutes ! »

La boîte s’ouvrit et sa petite voix résonna dans le silence glacial :
« Savez-vous ce que dit un sapin de Noël qui arrive en retard à une fête ?
– Non, je ne sais pas, répondit Romy pour l’encourager.
– “Je vais encore me faire enguirlander !” »

Un silence profond s’installa. Le géant regarda la petite boîte, puis Romy. Son visage de pierre était impassible. Romy crut que tout était fini.
Et puis, un son étrange s’échappa du géant. Un gargouillis. Un grondement. C’était comme une avalanche qui démarrait tout doucement. Ses épaules se mirent à trembler. Et tout à coup, un rire énorme, un rire puissant comme le tonnerre, éclata dans la forêt.

« HA ! HO ! HOU ! HOU ! HOU ! »

Le géant riait si fort que la neige tombait des arbres en une véritable tempête. Il se tenait les côtes, des larmes grosses comme des cailloux coulant sur ses joues de mousse.

Quand il se calma enfin, il regarda Romy avec un œil nouveau. « Enguirlander… Ha ! C’est… c’est la première fois que je ris depuis cent ans. »

« Cent ans ? C’est très long », dit Romy, qui n’avait plus peur du tout.

Le géant, qui s’appelait Morne-Roche, expliqua qu’il était devenu grincheux car il se sentait seul, lui aussi. Personne n’osait jamais l’approcher.

« Je crois que ma boîte et moi, on peut vous aider », dit Romy avec un grand sourire. « Mais en échange, est-ce que vous pourriez m’aider à retrouver mon chemin ? Je voudrais rentrer pour Noël. »

Morne-Roche, le cœur plus léger qu’une plume de geai, accepta avec joie. Il souleva délicatement Romy et la déposa sur son épaule.
« Accroche-toi, petite raconteuse de blagues ! »

D’un pas de géant, il enjamba les vallées et les collines. D’en haut, Romy pouvait voir les lumières de son village. C’était magnifique. Pendant le trajet, la petite boîte raconta plein d’autres blagues, et le rire de Morne-Roche les accompagna jusqu’à la lisière de la forêt.

« Merci, Morne-Roche, » dit Romy en lui faisant un câlin sur le bout de son nez de pierre. « Vous êtes le plus gentil des géants. »

« C’est toi qui m’as rappelé comment rire, petite Romy. C’est le plus beau cadeau de Noël. »

Romy rentra chez elle juste à temps. Quand ses parents inquiets la virent, ils la serrèrent si fort dans leurs bras qu’elle comprit qu’elle n’avait jamais été vraiment seule.

Ce soir-là, blottie dans son lit, elle entendit au loin un grand « HA ! HO ! HOU ! » qui résonnait dans la montagne. C’était son nouvel ami, le géant, qui riait encore à une blague de la petite boîte. Romy s’endormit en souriant. Elle avait découvert que même les plus grands et les plus grincheux pouvaient devenir des amis, et que le rire était un chemin magique pour relier les cœurs.