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Ce soir-là, dans la chambre de Léo, c’était la fête. Une soirée pyjama ! Avant de s’endormir, Léo avait fait son plus beau dessin : une prairie joyeuse avec une rivière scintillante, des montagnes coiffées de neige et un grand soleil souriant. Au milieu de tout ça, il avait dessiné son héros préféré : Saperlipopette, le stylo rouge super-courageux, celui qui vient toujours en aide aux aventuriers qui ont perdu leur carte.

Dès que les lumières s’éteignirent et que les rires des enfants se transformèrent en doux ronflements, le dessin se mit à frémir. Le papier devint une vraie prairie, la rivière se mit à couler et Saperlipopette, notre stylo-héros, s’étira en bâillant.

Mais quelque chose clochait. Terriblement.

« Par tous mes capuchons ! » s’exclama Saperlipopette.

Le ciel, que Léo avait colorié d’un bleu éclatant, était devenu vert pomme. Le soleil, lui, s’était transformé en une lune ronchon qui ronflait bruyamment. Et le pire… des poissons rouges volaient en zigzag dans les airs en chantant des comptines à l’envers !

« Tnarruoc ne srom, srom, srom ! » chantait un poisson en frôlant le nez de Saperlipopette.

« Voilà un monde qui a sérieusement perdu sa carte, » marmonna le stylo rouge. C’était une mission pour lui !

Il se mit en route, ses petites pattes de plastique trottinant sur l’herbe devenue orange. Des arbres se promenaient en se racontant des blagues.
« Pourquoi les plongeurs plongent-ils toujours en arrière ? » demanda un grand chêne.
« Je ne sais pas, » répondit un petit sapin.
« Parce que sinon, ils tombent encore dans le bateau ! Ha ha ha ! »
Saperlipopette secoua la tête. Même les blagues étaient à l’envers.

Soudain, il vit la cause de tout ce bazar. Un petit gribouillis noir, pas plus haut qu’une gomme, sautait de joie en agitant un magnifique parapluie à pois jaunes. À chaque fois qu’il l’ouvrait, ZAP ! Une montagne devenait minuscule comme un caillou. Et quand il le fermait, CRAC ! Une fleur de pissenlit devenait aussi grande qu’une maison.

« Hé ho ! Toi là-bas ! » cria Saperlipopette.

Le gribouillis, qui s’appelait Gribouille, se retourna.
« C’est génial, non ? Je rétrécis la rivière ! Et maintenant… je vais faire grandir cette fourmi pour qu’elle devienne un cheval ! »

Saperlipopette comprit. Gribouille était juste un aventurier impatient, sans la moindre idée de ce qu’il faisait. Lui foncer dessus ne servirait à rien. Il était trop rapide et trop excité. Le stylo décida alors d’utiliser sa plus grande force secrète : la patience.

Il s’assit sur une pierre (qui était en fait une montagne rétrécie) et observa. Il regarda Gribouille essayer de faire rétrécir la lune ronchon. Le petit gribouillis agitait le parapluie de toutes ses forces, mais la lune était trop grosse et trop grognon. Gribouille devint tout rouge d’effort, sauta sur place, mais rien ne se passa. Épuisé, il laissa tomber le parapluie et s’assit par terre en boudant.

C’était le moment parfait.

Saperlipopette s’approcha doucement.
« Pas facile, hein ? » dit-il d’une voix calme.
« C’est nul ! » répondit Gribouille. « Je voulais juste m’amuser ! »
« L’amusement, c’est comme dessiner une carte, » expliqua Saperlipopette. « Si tu vas trop vite, les traits partent dans tous les sens et à la fin, on ne comprend plus rien. Regarde ce monde, il est tout barbouillé. »

Gribouille regarda autour de lui : les poissons volants avaient le mal de l’air et les arbres-marcheurs se rentraient dedans. Il soupira.
« Mais… comment on fait pour réparer ? »

Saperlipopette sourit. Son plan avait fonctionné.
« Avec un peu de patience. Et un bon guide ! Je te propose un jeu. Je vais tracer un cercle rouge autour de chaque chose à réparer, une par une. Et toi, tout doucement, tu utiliseras le parapluie pour lui redonner sa bonne taille. D’accord ? »

Les yeux de Gribouille s’illuminèrent. Un jeu !
« D’accord ! »

Saperlipopette commença par tracer un grand cercle autour de la rivière minuscule. « Allez, à toi. Fais-la grandir, mais lentement. »
Gribouille ouvrit le parapluie tout doucement. La rivière grandit, grandit, jusqu’à retrouver son lit. Aussitôt, les poissons volants y plongèrent avec un grand « PLOUF » de soulagement.

Ensuite, Saperlipopette entoura les montagnes redevenues cailloux. Puis les fleurs géantes. À chaque fois, Gribouille attendait le cercle rouge et agissait avec soin. Il découvrait que c’était encore plus amusant de construire que de tout mélanger.

Enfin, il ne restait plus que le ciel vert et la lune ronchon.
« Ça, c’est le plus difficile, » dit Saperlipopette. « On doit le faire ensemble. »
Ils pointèrent tous les deux le parapluie vers le ciel.
« Un, deux, trois… patience ! » chuchota Saperlipopette.

Lentement, le vert s’effaça pour laisser place au bleu de la nuit, et la lune ronchon se transforma en un beau soleil endormi, juste à temps pour le lever du jour. Le monde du dessin était de nouveau en ordre.

Gribouille, fatigué mais heureux, tendit le parapluie à Saperlipopette.
« Tu as raison, c’est mieux quand on prend son temps. »

Au même moment, dans la chambre, Léo commença à s’étirer. Le monde du dessin se figea. Saperlipopette redevint une simple trace d’encre rouge sur le papier, juste à côté de son nouvel ami, le petit gribouillis noir.

Quand Léo ouvrit les yeux, il admira son œuvre.
« Mon dessin est encore plus beau ce matin ! » dit-il sans savoir que, pendant la nuit, un héros patient et un gribouillis turbulent l’avaient sauvé d’une gigantesque pagaille.