🎧 Écouter l'histoire :
S'abonner aux histoires pour Enfants :
Sir Chatouille n’était pas un chevalier comme les autres. Son armure étincelante était plus souvent décorée de confettis que de cicatrices de bataille, et à sa ceinture, au lieu d’une épée menaçante, se balançait joyeusement un plumeau incroyablement doux, qu’il appelait son « Plumeau de la Rigolade ». Sa mission ? Combattre la tristesse et les disputes à grands coups de chatouilles.
Un matin, alors qu’il lustrait son casque avec une peau de banane (ça le faisait briller et sentir bon le dessert), un pigeon voyageur épuisé s’effondra sur son balcon. Le message attaché à sa patte était urgent : « AU SECOURS ! LA FORÊT DES CHUCHOTIS FAIT UN VACARME ÉPOUVANTABLE ! ON NE PEUT PLUS DORMIR ! »
Sir Chatouille enfourcha son fidèle destrier, un zèbre nommé Rayure, et galopa vers la forêt. D’habitude, cet endroit était célèbre pour le doux murmure de ses feuilles qui se racontaient des secrets. Mais aujourd’hui, un bruit de tonnerre grondait entre les troncs. GRON-GRON-GROOON ! Les chênes se hurlaient dessus, les sapins se piquaient avec leurs aiguilles et les bouleaux claquaient leurs branches avec fureur. L’air sentait le vinaigre de mauvaise humeur.
« Allons-y, Plumeau de la Rigolade ! » s’écria le chevalier.
Il s’approcha d’un séquoia gigantesque qui semblait particulièrement furieux. « Gili-gili, mon grand costaud ! » lança-t-il en chatouillant son écorce rugueuse.
Le séquoia gronda plus fort, faisant trembler le sol. Les chatouilles de Sir Chatouille étaient aussi efficaces qu’une fourmi essayant de pousser une montagne. Le problème était trop grand pour ses doigts !
Dépité, il s’assit sur une pierre moussue. C’est alors qu’il vit une minuscule lumière clignoter près de ses pieds. Ploc… ploc… ploc… C’était Lulina, une luciole de mousse si timide que sa lumière tremblait quand on la regardait. Elle pointa une de ses antennes lumineuses vers les racines du grand séquoia. Sir Chatouille ne voyait rien, mais il sentit quelque chose d’étrange sous ses pieds. Une vibration. Comme un téléphone portable géant qui n’arrêterait pas de vibrer de colère.
« Mais oui ! » comprit le chevalier. « Le problème n’est pas dans les feuilles, il est sous la terre ! »
Lulina lui expliqua dans un langage de clignotements rapides que d’invisibles créatures, les Grincheux, vivaient dans les racines. Ces petits êtres se nourrissaient de la discorde. Plus les arbres se disputaient, plus les Grincheux avaient à manger, et plus ils vibraient de mauvaise humeur, ce qui énervait encore plus les arbres !
« Si la colère est leur plat principal, nous allons leur servir du rire en dessert ! » déclara Sir Chatouille. « Lulina, nous organisons une Fête du Rire ! »
Avec l’aide des animaux de la forêt, ils transformèrent une clairière. Des champignons devinrent des trampolines, des gouttes de rosée suspendues à des toiles d’araignées servirent de boules à facettes, et Sir Chatouille se nomma DJ officiel.
La fête commença. Sir Chatouille faisait des bruits de beatbox avec sa bouche : « Boum-tss-boum-tss-rigolo-tss ! ». Mais les vibrations de colère dans le sol ne changeaient pas. Les Grincheux n’étaient pas impressionnés.
« Il faut passer au plan B ! » chuchota Sir Chatouille à Lulina. Il monta sur une souche et cria : « Pourquoi les plongeurs plongent-ils toujours en arr… WHOUPS ! »
En voulant faire un geste théâtral, il glissa sur une feuille mouillée et tomba la tête la première dans un tas de mousse très moelleux. Seules ses jambes en armure gigotaient en l’air.
Le silence se fit. Puis, une toute petite vibration sous terre changea. Ce n’était plus un GRON fâché, mais un petit hi-hi-hi étouffé. Un Grincheux avait ri ! Un autre suivit, puis dix, puis cent ! Le sol se mit à trembler de rire. C’était si contagieux que les branches des arbres se secouèrent, non plus de rage, mais de joie. Les Grincheux, devenus visibles sous l’effet du rire, ressemblaient à de petites bulles de gelée scintillantes qui rebondissaient partout. Ils étaient devenus des Rigolos !
La Forêt des Chuchotis retrouva sa tranquillité. Enfin, presque. L’air sentait maintenant le sucre d’orge et le pop-corn. Au lieu du silence, on entendait un son nouveau, un doux frémissement. Sir Chatouille plissa les yeux et aperçut deux branches de saules qui, doucement, se chatouillaient l’une l’autre avec leurs feuilles. Les arbres avaient appris un nouveau jeu.

