🎧 Écouter l'histoire :

S'abonner aux histoires pour Enfants :

Toupie vivait sur un nuage aussi doux qu’une barbe à papa géante. Ce n’était pas un nuage ordinaire. C’était un nuage-trampoline ! Chaque matin, les petits habitants du nuage, les Risonours, éclataient d’un rire si puissant qu’il faisait rebondir le nuage toute la journée. C’était très pratique, surtout quand la boîte de cookies était rangée sur l’étagère la plus haute.

Mais ce matin-là, quelque chose n’allait pas. Le silence. Un silence total, lourd et plat.

« Bizarre, » se dit Toupie en essayant de sauter pour attraper un cookie au chocolat.
Au lieu de s’envoler dans les airs, ses pieds firent un petit pouf décevant. Le nuage était aussi mou qu’un vieux coussin. Les Risonours étaient là, blottis les uns contre les autres, la bouche grande ouverte, mais aucun son n’en sortait. Leurs rires avaient disparu !

« Oh non ! Catastrophe ! » s’exclama Toupie. « Comment vais-je atteindre mes cookies maintenant ? Et… et puis, c’est triste sans vos rires ! »

Elle décida de mener l’enquête. Pour une aventure pareille, il fallait un équipement spécial. Elle sortit son trésor le plus précieux : un grand chapeau haut-de-forme noir, un peu trop grand pour elle. Ce n’était pas n’importe quel chapeau.

Toupie le posa sur sa tête et, après une grande inspiration, se mit à chanter sa chanson secrète :
« Cookie, cookie, croquant et doux,
Si tu chantes, tu en auras pour tous ! »

Ce n’était pas la plus belle des chansons, et la voix de Toupie était un peu éraillée, mais ça n’avait pas d’importance. Aussitôt, le chapeau se mit à briller d’une douce lumière dorée. Toupie remarqua une chose étrange : de minuscules volutes de silence, comme une fumée grise, flottaient dans l’air et semblaient toutes venir de la même direction.

« Par le croquant du biscuit, je vais suivre cette piste ! » déclara-t-elle courageusement.

La piste de silence la mena jusqu’au bord du nuage, où se dressait l’entrée d’une grotte sombre. Des cristaux de toutes les couleurs poussaient sur les parois, mais ils ne brillaient pas. Ils semblaient endormis. Il faisait si noir que Toupie faillit faire demi-tour.

« Allons, un peu de courage, » se dit-elle. « Pense aux cookies qui t’attendent ! »

Elle reprit sa chansonnette, plus fort cette fois. Son chapeau s’illumina comme un petit soleil, projetant des arcs-en-ciel sur les murs de la grotte. La lumière révéla un spectacle étonnant. Au centre de la caverne se tenait un homme tout gris, avec de grandes oreilles et un air terriblement grincheux. Devant lui, un énorme cristal noir pulsait doucement, et à l’intérieur, on pouvait voir des milliers de petits rires emprisonnés qui se cognaient sans un bruit.

« AH ! » cria l’homme en se bouchant les oreilles. « Arrêtez cette cacophonie ! »
« C’est vous qui avez volé les rires des Risonours ! » s’indigna Toupie.
« Évidemment ! » répondit l’homme. « Je suis Grumblon, le gardien du silence. Votre tintamarre m’empêchait de faire la sieste ! Ici, tous ces bruits sont bien enfermés. Enfin la paix ! »

Toupie regarda les pauvres petits rires prisonniers. Elle savait qu’elle ne pourrait pas casser le cristal avec ses poings. Elle devait être plus maligne. Grumblon détestait le bruit, mais son chapeau, lui, adorait ça !

« Vous voulez du silence ? » demanda Toupie avec un sourire malicieux. « Mais une chanson, ce n’est pas du bruit, c’est de la joie ! »

Elle ferma les yeux, ignora le visage furieux de Grumblon, et chanta. Pas sa petite chanson habituelle. Non, elle chanta la chanson la plus joyeuse, la plus forte et la plus fausse qu’elle pouvait inventer. Elle chanta les cookies au chocolat, les pirouettes sur le nuage, le chatouillis des rayons de soleil. Elle n’essayait pas de bien chanter, elle chantait juste avec tout son cœur.

Le chapeau haut-de-forme explosa de lumière. Un faisceau doré, pur et puissant, frappa le cristal noir. Grumblon hurla : « Non ! Trop de joie ! C’est trop lumineux ! »

CRAC !

Le cristal se fissura. Un rire s’échappa.

CRAC ! CRAC ! BOUM !

Le cristal vola en éclats dans une pluie d’étincelles joyeuses. Des milliers de rires fusèrent hors de la grotte comme des petits météores chantants, filant tout droit vers le nuage.

Grumblon, ébloui, tomba sur les fesses. Quand il rouvrit les yeux, un des petits rires, qui s’était perdu, vint lui chatouiller le nez. Malgré lui, un petit son sortit de sa bouche. Un hoquet. Puis un autre. Puis… un petit rire, rouillé et hésitant, mais un rire quand même.

Dehors, le nuage avait retrouvé toute sa souplesse. On entendait les Risonours rire à gorge déployée. Toupie sortit de la grotte en souriant.

« Tu vois, » dit-elle à Grumblon qui la suivait d’un air penaud, « ce n’est pas si terrible, la joie. »
Elle fouilla dans sa poche et en sortit un cookie qu’elle avait gardé en cas d’urgence. Elle le tendit au gardien du silence.
« Tenez. C’est encore meilleur quand on le partage. »

Grumblon prit le cookie, le grignota, et un vrai sourire illumina son visage gris.

Ce jour-là, Toupie apprit que ce n’était pas la perfection de sa voix qui comptait, mais le courage de chanter avec son cœur. Et grâce à ce courage (et à un amour immodéré pour les cookies), elle avait non seulement sauvé ses amis, mais aussi rendu le sourire à celui qui l’avait perdu.