🎧 Écouter l'histoire :
S'abonner aux histoires pour Enfants :
Zéphyr avait un petit souci de gestion du stress. Pour un dragonneau rose aux ailes minuscules et aux oreilles immenses, c’était particulièrement embêtant : à la moindre angoisse, au lieu de cracher des flammes terrifiantes, il éternuait des bourrasques de paillettes explosives.
Ce soir-là, dans la Fabrique des Nuages, l’odeur rassurante de lait chaud et de guimauve grillée flottait dans l’air. Zéphyr était chargé de vérifier le niveau de mousse céleste. Soudain, il crut voir une énorme araignée poilue sur le grand levier de contrôle. Ses oreilles se mirent à battre comme des éventails frénétiques. Il prit une grande inspiration au goût de poussière d’étoile poivrée et…
— ATCHOUM !
Un geyser de confettis magiques foudroya le tambour principal de la machine. Les engrenages grincèrent avec un bruit de métal rouillé qu’on gratte à la petite cuillère. La tuyauterie hoqueta, et bim ! La météo du soir fut totalement détraquée.
Au lieu d’une douce brise crépusculaire, le ciel se mit à vomir des traversins sautillants qui rebondissaient sur les toits avec des « boing, boing » assourdissants. Pire encore, les nuages se mirent à diffuser des berceuses chantées à l’envers : « ! imrod anetniam sav ut, odod »
— Oh non, oh non, oh non ! couina Zéphyr, les griffes sur la tête. Je vais être privé de dessert jusqu’à ma majorité draconique !
— Tss, tss, tss. Quel manque d’hygiène météorologique ! s’indigna une voix perchée.
Suspendue par les griffes à une gouttière, une chauve-souris en tablier à carreaux ajustait ses lunettes. C’était Mirette, la soprano la plus maniaque du canton. Sous son aile gauche, elle tenait un étrange appareil qui fleurait bon la lavande et le cuivre astiqué : un aspirateur magique à propulsion sonore.
— Ces polochons vont boucher les évacuations d’étoiles filantes ! s’exclama-t-elle. Jeune reptile, aide-moi à brancher mon Aspira-Son sur le cœur du Grand Arbre-Horloge, ou nous ne dormirons jamais !
Sans attendre, Mirette s’envola. Zéphyr battit désespérément de ses petites ailes pour la suivre, rebondissant sur trois doudous-lapins en cours de route.
Le duo entama l’escalade du Grand Arbre-Horloge. Son écorce sentait le vieux papier et vibrait au rythme d’un tic-tac géant. Mais la montée n’était pas de tout repos. Les nuages détraqués, gonflés de confettis, étaient devenus grincheux et balançaient des blagues nulles à plein volume.
— HÉ ! POURQUOI LES PLONGEURS PLONGENT-ILS EN ARRIÈRE ? hurla un cumulus violet.
— Bouche tes oreilles ! cria Mirette.
— PARCE QUE SINON ILS TOMBENT DANS LE BATEAU ! tonna le nuage avant de leur jeter une rafale d’oreillers à mémoire de forme.
Zéphyr esquiva de justesse un coussin piégé qui tentait de lui chatouiller les aisselles. Son cœur battait à cent à l’heure. La panique montait, ses narines picotaient, une nouvelle tempête de paillettes menaçait d’exploser.
Arrivés au sommet, devant l’énorme cadran en bois de l’Arbre-Horloge, Mirette brancha l’embout de son aspirateur.
— Catastrophe ! couina la chauve-souris. Les batteries sonores sont à plat ! Il me faut un souffle continu pour relancer la turbine !
Zéphyr renifla, les larmes aux yeux.
— Je ne peux pas ! Je vais encore tout casser avec mes éternuements qui piquent !
— Regarde-moi ! ordonna Mirette en se posant sur son museau. La musique, c’est de l’air organisé. Répète après moi ! Inspire la lumière du crépuscule… et expire en faisant Miiii-hi-hi-hi !
Le petit dragon ferma les yeux. Il imagina le goût pétillant de la lumière étoilée sur sa langue. Il prit une lente et profonde inspiration. Son ventre tout rond se gonfla. Il expira doucement, canalisant son souffle.
— Miiii-hi-hi-hi ! chanta-t-il d’une drôle de voix de fausset.
Un filet d’air pur, sans la moindre paillette, s’engouffra dans l’aspirateur. La machine se mit à vrombir. Mirette attrapa le manche et entama un air d’opéra strident qui propulsa l’Aspira-Son à la puissance maximale. Le ciel se transforma en un immense tourbillon. En moins d’une minute, l’appareil goba les traversins, avala les doudous farceurs et aspira les blagues des nuages grincheux.
Le calme revint. Un magnifique ciel bleu nuit s’étala au-dessus de la fabrique.
Zéphyr soupira de soulagement. Sa bêtise était réparée !
Soudain, l’aspirateur surchargé laissa échapper un énorme « BURP » métallique. Le capot sauta, et la machine recracha toute son énergie sous la forme de millions de bulles de savon géantes parfumées à la fraise. Le coucher du soleil se mua instantanément en la plus grande bataille de bulles que le monde ait jamais connue.

