🎧 Écouter l'histoire :

S'abonner aux histoires pour Enfants :

Au cœur de la Clairière des Mille Paillettes, la vie était une fête scintillante. Et la reine de la fête, c’était Luciol ! Aucune autre luciole ne savait clignoter avec autant de panache. Sa lumière, d’ordinaire si vive et joyeuse, dansait dans l’air comme une étoile filante un peu fofolle.

Ce soir-là, pour le Grand Concours de la Cascade Lumineuse, Luciol voulait éblouir tout le monde. « Regardez bien ! » cria-t-elle. « Je vais tenter le triple looping piqué avec double flash ! »

Elle prit son élan, tourbillonna dans une spirale éblouissante, puis une autre, et… FLOP. Au lieu du double flash final, il n’y eut qu’un tout petit « pfft », comme une bougie soufflée par un courant d’air. Et puis, le noir. Le noir complet. Sa petite lanterne s’était éteinte. Le silence qui suivit fut plus terrible encore. Morte de honte, Luciol se laissa tomber dans l’herbe humide, invisible et misérable.

Les larmes aux antennes, elle s’éloigna en tâtonnant, s’enfonçant dans les profondeurs de la forêt. Soudain, elle trébucha contre quelque chose de mou.
« Aïe ! On ne pourrait pas regarder où on met ses six pattes ? » grogna une voix qui ressemblait au bruit d’une porte qui grince.
Luciol distingua une petite forme ronde et duveteuse, recouverte de mousse, tapie sous un grand champignon rouge à pois blancs. « Pardon… je ne vois rien… » sanglota-t-elle.
« Ah, une luciole en panne de courant ! » ricana la créature. « Je suis Grognon. Pour rallumer ta veilleuse, ne cherche pas la lumière. Cherche plutôt le reflet qui ne ment jamais, là où les arbres parlent tout bas. » Et hop, il disparut sous son champignon.

Un reflet qui ne ment pas ? Des arbres qui parlent ? C’était bien étrange, mais Luciol n’avait plus rien à perdre. Elle s’arma de son courage naissant et pénétra dans la mystérieuse Forêt Chuchotante. À peine avait-elle fait trois pas que les feuilles se mirent à frémir.
« Pssst… Par ici, le secret des glands, c’est qu’ils ont peur du vide ! » murmura un vieux chêne.
« Non, non, suis plutôt la racine qui chatouille les vers de terre ! » chuchota un bouleau.
Les arbres lui racontaient mille bêtises rigolotes, mais Luciol comprit qu’elle devait se fier à son instinct. Elle ferma les yeux, écouta le bruit lointain de l’eau et avança, guidée par le son et l’odeur de la terre mouillée.

Elle arriva enfin devant une petite mare si calme qu’on aurait dit un miroir posé sur l’herbe. La lune s’y reflétait parfaitement. C’était sûrement ça, le reflet qui ne mentait pas ! Au bord de l’eau, Grognon était assis, l’air encore plus bougon que d’habitude.
« J’ai perdu mon monocle porte-bonheur ! » se lamenta-t-il. « Sans lui, je ne peux plus admirer les pirouettes des poissons-virgules ! »
En voyant la tristesse de son nouvel ami, Luciol oublia sa propre peine. Elle ne pouvait pas éclairer le fond de l’eau, mais elle pouvait aider. Doucement, elle plongea une patte dans l’eau fraîche et se mit à chercher à tâtons au milieu des algues douces. Soudain, ses doigts touchèrent un petit cercle lisse et froid.
« Je l’ai ! » cria-t-elle.

Grognon plaça le monocle sur son œil et son visage s’illumina. « Oh, merveille ! Regarde, ils dansent la polka ! » s’exclama-t-il, pris d’un fou rire si puissant qu’il fit trembler les nénuphars.
Ce rire était si contagieux que Luciol éclata de rire à son tour. Un rire franc, joyeux, qui venait du plus profond de son petit cœur. Et à cet instant précis, une chose magique se produisit. POP !
Une petite étincelle dorée jaillit de son abdomen. Puis une autre, et encore une autre, jusqu’à former une lueur douce et chaude. Sa lumière était revenue !

Quand Luciol retourna à la clairière, tout le monde fut stupéfait. Sa lumière n’était plus seulement jaune et vive. Quand elle se sentait joyeuse, elle brillait d’un jaune soleil éclatant. Quand elle était un peu timide, sa lueur devenait rose poudré. Et quand elle était fière d’elle, elle scintillait d’un magnifique bleu étoilé. Elle était devenue unique.

Parfois, quand un de ses amis lui posait une colle, sa lumière virait au vert pomme, comme si elle réfléchissait très fort. Et cela faisait rire tout le monde, y compris Luciol, la plus colorée et la plus heureuse de toutes les lucioles.