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Sur la banquise, là où le vent s’amuse à pincer les joues et à transformer les moustaches en stalactites, vivait un petit pingouin nommé Patapouf. Patapouf était si rondouillard qu’on aurait dit une boule de neige avec des pieds. Mais malgré son allure dodue, il avait un problème : il grelottait. Tout le temps.
Clac-clac-clac ! faisaient ses aiguilles à tricoter. Avec une dextérité surprenante pour ses petites palmes, il fabriquait des écharpes. Des écharpes rouges, des écharpes bleues, des écharpes à rayures, à pois, à zigzags… Il en portait une dizaine, superposées autour de son cou, formant une collerette bariolée si épaisse qu’il pouvait à peine tourner la tête. Et pourtant… Brrr-plic-ploc ! faisaient ses dents qui claquaient.
« Assez grelotté ! » se dit-il un matin, en voyant son propre souffle geler devant son bec. C’est alors qu’un vieil albatros voyageur, se posant près de lui, lui raconta la légende du Foyer Ronronnant. Une source de chaleur si puissante, si douce et si réconfortante qu’elle pouvait réchauffer le plus frigorifié des pingouins, jusqu’au bout des orteils.
« Il se trouve au-delà du Grand Silence Blanc », croassa le vieil oiseau.
L’idée fit fondre un petit glaçon d’excitation dans le cœur de Patapouf. L’aventure ! Sans plus attendre, il empaqueta un casse-croûte de petits poissons gelés et, bien sûr, une pelote de laine de rechange, puis se dandina courageusement vers l’inconnu.
Le voyage était glacial. Le vent hurlait des chansons moqueuses et la neige crissait sous ses pattes comme du sucre cassant. C’est au détour d’un immense congère qu’il aperçut une petite boule de fourrure blanche, toute recroquevillée. C’était Goupil, un renard polaire. D’habitude, Goupil était connu pour son chant joyeux qui réchauffait l’atmosphère, mais aujourd’hui, il restait muet, la queue entre les pattes.
« Q-q-que se passe-t-il, l’ami ? » bégaya Patapouf, ses mots tremblotant autant que lui.
« Je… je n’ose plus chanter », murmura le renard. « Ma voix est devenue toute timide. »
Alors qu’ils discutaient, la palme de Patapouf heurta un objet à moitié enfoui dans la neige : une vieille lanterne en cuivre. Une inscription y était gravée : « Je ne brille que pour les cœurs qui chantent en chœur. » La lanterne était froide et sombre. Ils comprirent qu’ils avaient une mission commune.
Guidés par la carte que l’albatros avait dessinée sur un flocon, ils arrivèrent enfin devant une grotte d’où s’échappait un grondement sourd et profond. C’était l’entrée du Foyer Ronronnant. À l’intérieur, le spectacle était incroyable : des dizaines de chats des neiges, grands comme des ours polaires et doux comme des nuages, dormaient paisiblement. Leurs ronronnements combinés créaient une vibration chaleureuse, mais la grotte restait fraîche. Il manquait quelque chose… la joie !
« Il faut les réveiller avec une chanson ! » s’exclama Patapouf.
« Mais… ma voix est toute petite ! » gémit Goupil.
« La mienne est toute c-c-cassée par le froid, » répondit le pingouin, « mais si on la mélange, elle sera peut-être juste parfaite ! »
Patapouf prit une grande inspiration et laissa échapper une petite note tremblante, un « La » tout bleu de froid. Encouragé, Goupil ajouta un « Si » doux et hésitant. Puis, ensemble, ils osèrent. Ils chantèrent une chanson improvisée sur les flocons qui dansent et les amis qu’on rencontre. Leurs voix, d’abord timides, prirent de l’assurance. Et la magie opéra. La lanterne s’illumina d’une lueur dorée, projetant des étoiles dansantes sur les parois de la grotte. Les chats des neiges s’étirèrent, leurs ronronnements se transformèrent en une symphonie joyeuse et la grotte fut inondée d’une chaleur extraordinaire.
Patapouf sentit la chaleur l’envahir. Mais ce n’était pas seulement la chaleur des ronronnements. C’était la chaleur de l’amitié avec Goupil, la chaleur d’avoir surmonté sa peur et la chaleur de voir les grands chats s’éveiller, heureux. Il avait trouvé le Foyer Ronronnant, et il était bien plus merveilleux que dans la légende. La vraie chaleur, c’était celle du partage.
Désormais, Patapouf ne grelotte plus. Il a toujours ses aiguilles, mais il ne tricote plus pour lui. Il fabrique des couvertures géantes pour ses amis les chats des neiges et des « écharpes vibrantes » pour ses amis, qui frétillent de bonheur quand on leur chante une chanson.
Et la cerise sur la banquise ? Un tout petit chaton des neiges, reconnaissant, lui a tricoté une minuscule écharpe. Patapouf la porte fièrement, non pas autour du cou, mais enroulée autour de son bec. C’est un peu ridicule, mais ça lui tient le bout du nez au chaud, et surtout, ça lui réchauffe le cœur.
La fée des mots

