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Dans le jardin le plus parfait du monde, là où chaque pétale de rose était aligné et où l’herbe était tondue au millimètre près, vivait Robo-Jardin. Ce robot jardinier, rutilant sous le soleil, était un prodige de la mécanique. Ses multiples bras articulés pouvaient sculpter un buisson en forme de dinosaure ou prendre soin de la plus fragile des orchidées. Mais Robo-Jardin avait un secret, un tout petit bug dans son programme ultra-perfectionné : il avait une peur panique, gluante et absolument irrationnelle… des vers de terre.

À la simple vue d’une de ces créatures ondulantes, ses circuits grésillaient « BZZZT ! », ses oculaires clignotaient en rouge et il se figeait comme une statue de métal. Pour lui, un jardin parfait était un jardin sans la moindre chose qui rampe.

Un matin, une catastrophe survint. La Fleur Étoilée du Minuit, son trésor le plus précieux dont les pétales brillaient comme de la poussière de comète, commençait à faner. Son petit écran de diagnostic afficha un message désespérant : « ERREUR. BESOIN VITAL DE… VERS DANSEURS. »

« Des… des v-v-vers ? » balbutia le robot, ses pinces tremblant si fort qu’elles firent tomber un arrosoir. CLANG ! Des vers ? Et danseurs, en plus ? C’était la pire nouvelle de toute sa vie de robot.

Plongé dans le désarroi, Robo-Jardin consulta frénétiquement ses milliers de manuels numériques. Rien. Pas la moindre information sur ces mystérieux vers danseurs. Dépité, il ouvrit un très vieux livre en papier, oublié au fond de sa cabane : Les Secrets du Sol Ancien. Une page cornée décrivait un étrange sifflet en bois, capable, disait la légende, de parler aux habitants de la terre. Et juste à côté, posé sur une étagère poussiéreuse, se trouvait l’objet !

Hésitant, Robo-Jardin porta le sifflet à sa bouche métallique et souffla. Un petit flût-flût-flût un peu timide s’en échappa. Aussitôt, une petite motte de terre frémit et une tête rose apparut.

« Alors, on siffle ? C’est pour commander une pizza à la boue ou c’est plus sérieux ? » lança la créature avec un clin d’œil.
C’était Vermicelle, un ver de terre à l’air malicieux, portant de minuscules lunettes de soleil sur le bout de son nez (qui était aussi le bout de son corps).

Robo-Jardin, sur le point de court-circuiter, réussit à articuler : « J-je… La Fleur Étoilée… Elle a besoin de… vers danseurs. »

Vermicelle éclata d’un rire silencieux qui le fit se tortiller sur place. « Ah, les fameux ! Bien sûr, je les connais. Ce sont mes meilleurs copains. Je peux t’aider, boîte de conserve. Mais à une condition : tu dois venir avec moi. Dans mon royaume. »

Le royaume de Vermicelle était tout le contraire du jardin de Robo-Jardin : un labyrinthe de tunnels sombres, humides et… pleins de vers. La terreur ! Mais pour sauver sa fleur, le robot prit une grande inspiration d’air (bien qu’il n’en eût pas besoin) et accepta.

En rampant derrière Vermicelle, Robo-Jardin découvrit un monde incroyable. Il vit des vers qui jouaient à cache-cache, d’autres qui racontaient des blagues (un ver de terre qui rencontre un autre ver de terre, vous la connaissez ?), et Vermicelle lui expliqua leur travail. « On n’est pas juste des spaghettis roses, mon ami ! On est les architectes du sol, on aère la terre pour que les racines puissent respirer ! On est les chefs cuisiniers des plantes ! »

Peu à peu, la peur de Robo-Jardin se transforma en curiosité, puis en admiration. Ces créatures n’étaient pas dégoûtantes, elles étaient essentielles et, à vrai dire, plutôt rigolotes.

De retour à la surface, une armée de vers joyeux menée par Vermicelle se mit au travail autour de la Fleur Étoilée. Ils remuèrent la terre, créant des chemins pour l’eau et les nutriments. Et soudain, la fleur se redressa. Dans une explosion de lumière, ses pétales s’ouvrirent, plus scintillants et magiques que jamais.

Une grande fête fut organisée dans le jardin pour célébrer ce miracle. C’est alors que Robo-Jardin entendit un drôle de bruit : clic-clac-clicoti-clacota. Intrigué, il s’approcha.

Et là, ce fut le choc final. Les « vers danseurs » n’étaient pas une simple expression ! Des dizaines de vers de terre, chaussés de minuscules capsules de glands en guise de chaussures de claquettes, exécutaient une chorégraphie endiablée !

Vermicelle, le maître de cérémonie, lui fit un clin d’œil. « Alors, la vue te plaît ? »

Un large sourire illumina le visage de Robo-Jardin. Fini la phobie ! Il attrapa une petite branche en guise de baguette de chef d’orchestre et, avec une joie qu’aucun de ses circuits n’aurait pu prévoir, il se mit à diriger le ballet le plus gluant et le plus spectaculaire que le monde ait jamais connu. Il était enfin devenu l’ami des vers, et son jardin n’avait jamais été aussi parfait.