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Bonsoir… vous voici arrivé. Au seuil. Le seuil du Sanctuaire de l’Obscurité Intérieure. Laissez le monde derrière vous, maintenant. Il n’a plus sa place ici.
Toute la journée, vous avez porté ce manteau invisible. Sentez-le sur vos épaules. Il est lourd, n’est-ce pas ? C’est le poids des attentes, le cliquetis métallique d’un rendez-vous manqué, le bourdonnement sourd d’un mot non dit, la texture rêche d’une contrariété. Chaque souci, chaque tension s’est accroché à ses fibres comme une décoration pesante et inutile.
Ici, à l’entrée du sanctuaire, se trouve un gardien silencieux. Il n’a pas de visage, il est fait de pénombre et de calme. Il ne vous demande rien, il attend simplement. D’un geste lent, infiniment lent, défaites ce manteau. Laissez-le glisser de vos épaules. Écoutez le bruit qu’il fait en tombant au sol… un bruit sourd et complexe, un enchevêtrement de petits sons qui s’éteignent aussitôt. Le gardien le ramasse avec une délicatesse infinie. Il ne le jette pas. C’est là que réside son secret, son absurdité douce : il collectionne les tourments. Il les trouve curieusement beaux, comme des fossiles d’instants vécus. Il les archivera pour vous, sur des étagères de silence, loin, très loin de votre conscience. Vous n’en avez plus besoin. Vous êtes plus léger, déjà.
Avancez maintenant dans le sanctuaire. L’air y a le goût frais de la lumière des étoiles et l’odeur du papier très ancien. Il n’y a ni murs, ni plafond, juste une obscurité veloutée, un cocon infini qui vous accueille.
Installez-vous dans ce néant confortable. Et respirez.
Juste respirer.
Inspirez par le nez… lentement… un… deux… trois… quatre… Sentez cette lumière pure, d’une couleur de nacre liquide, entrer en vous. Elle ne brûle pas, elle est fraîche. Elle coule dans vos poumons, puis dans vos veines, apportant avec elle une paix profonde, une annulation.
Maintenant, expirez doucement par la bouche… encore plus lentement. Voyez cette brume grise qui s’échappe de vous. Ce sont les derniers résidus, les poussières de la journée. Le gardien, au loin, les recueille dans de petites fioles de silence. Il hoche la tête, un geste à peine perceptible, comme pour vous remercier de ce curieux cadeau.
Encore une fois.
Inspirez le calme nacré… un… deux… trois… quatre… Il se répand, annulant les nœuds dans votre nuque, dans votre dos. Chaque parcelle de vous s’imprègne de cette quiétude liquide.
Et expirez… la brume grise s’épaissit un court instant puis se dissout dans le velours de la nuit. Vous la regardez s’éloigner, sans regret, sans attachement. Ce n’est plus à vous.
Sentez le poids de votre corps qui s’abandonne. Votre tête est lourde, agréablement lourde, sur l’oreiller. Vos bras, vos jambes, tout devient dense et immobile. Ancré dans le repos. Chaque muscle se défait, chaque fibre se relâche, comme une corde que l’on aurait trop longtemps tendue et qui retrouverait enfin son état naturel.
Vous n’avez plus rien à faire. Plus rien à penser.
La pensée est une rivière qui s’est tarie. Il ne reste que le lit lisse et sombre de la rivière.
Le gardien a terminé son travail. Il s’est effacé dans l’obscurité qu’il habite.
Il ne reste que vous et la nuit.
La nuit vous berce. Un mouvement si lent, si ample, qu’il est imperceptible. C’est le balancement de l’univers lui-même. Vous flottez dans ce velours noir, en apesanteur. Vous êtes une particule de silence dans un océan de paix.
L’obscurité n’est plus autour de vous. Elle est en vous.
Elle remplit chaque espace, doucement.
Elle efface les contours.
Elle dissout les dernières lueurs de conscience.
Vous glissez…
sans effort…
vers le bas…
dans une profondeur infinie et douce…
Un abandon total…
Un effacement…
Le sanctuaire se referme sur vous… un cocon parfait…
Plus de mots…
Juste le silence… profond…
Lourd…
Doux…
Sommeil…
…
… glisser …
… obscurité …
… douce …
… rien …
…
…
